Ne pas être qu'un "patient" ...

Garder une bouche saine

Article pa­ru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT N°35 – dé­cem­bre 2008

Indispensable à tout âge, une bon­ne hy­giè­ne bucco-dentaire s’avère d’autant plus im­por­tan­te quand l’âge fra­gi­li­se no­tre bou­che.

Se ser­vir d’une bros­se à dents de­man­de a la fois de la dex­té­ri­té, de la for­ce et de la co­or­di­na­tion… Si une per­son­ne ne peut plus ef­fec­tuer ce ges­te, il va fal­loir l’aider car, aux pro­blè­mes bucco-dentaires que nous connais­sons tous, l’âge ajou­te des fac­teurs ag­gra­vants.

La ré­trac­tion de la gen­ci­ve, par exem­ple, qui fa­vo­ri­se l’apparition de ca­ries au ni­veau des ra­ci­nes ; la di­mi­nu­tion de la pro­duc­tion de sa­li­ve, qui s’accélère en­co­re avec la pri­se de mé­di­ca­ments. Non seule­ment la sen­sa­tion de bou­che sè­che est désa­gréa­ble mais, sur­tout, la sa­li­ve ne joue plus son rô­le pro­tec­teur et au­to­net­toyant; le port d’une pro­thè­se, to­ta­le ou par­tiel­le, qui aug­men­te le ris­que d’irritation ou d’inflammation.

Le Pr Marysette FOLLIGUET, chef du Service d’odontologie de l’hôpital Louis Mourier à Colombes (92), es­ti­me in­dis­pen­sa­ble de veiller à la toi­let­te buc­ca­le des per­son­nes âgées, au­tant pour leur san­té (in­flam­ma­tion mais aus­si ris­que de dé­nu­tri­tion) que pour leur vie fa­mi­lia­le et so­cia­le (trou­bles de la pa­ro­le et re­plie­ment sur soi)…

Suivons ses conseils : après cha­que re­pas, se rin­cer la bou­che avec un ver­re d’eau, ou si ce­la est plus fa­ci­le, sim­ple­ment boi­re un ver­re d’eau; bros­ser les dents, mais aus­si la lan­gue, le pa­lais, les gen­ci­ves avec une bros­se sou­ple et dou­ce; uti­li­ser une bros­se élec­tri­que si né­ces­sai­re; en­le­ver les pro­thè­ses et les net­toyer soi­gneu­se­ment; en­fin, si une per­son­ne sup­por­te mal l’usage de la bros­se, uti­li­ser une com­pres­se hu­mi­de sur les fa­ces des dents et des mu­queu­ses, et boi­re suf­fi­sam­ment.

Ces me­su­res sim­ples sont par­fois dif­fi­ci­les à ap­pli­quer, re­con­naît le Dr FOLLIGUET : Brosser les dents de quelqu’un est un ges­te mal­ai­sé à ef­fec­tuer, non seule­ment tech­ni­que­ment, mais aus­si psy­cho­lo­gi­que­ment. Certaines per­son­nes âgées ne sup­por­tent pas « cet­te in­tru­sion ». Le chirurgien-dentiste peut don­ner des conseils, mon­trer la fa­çon d’enlever une pro­thè­se sans bles­ser ou com­ment évi­ter les ré­flexes nau­séeux.

Le soin des dents et de la bou­che ne doit pas consti­tuer une épreu­ve tri­quo­ti­dien­ne. Mieux vaut un seul bros­sa­ge, le soir, bien ac­cep­té et bien ef­fec­tué, que trois ten­ta­ti­ves stres­san­tes.

« L’important aujourd’hui est de sen­si­bi­li­ser les per­son­nes et leur en­tou­ra­ge à la né­ces­si­té d’une hy­giè­ne quo­ti­dien­ne et d’un sui­vi den­tai­re ».

Extrait d’un ar­ti­cle de « Notre Temps », Octobre 2008
Lu par Françoise VIGNON

Exposé d’une orthophoniste – rédigé par Jean Pierre Lagadec

Article pa­ru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT N°35 – dé­cem­bre 2008

Lors de l’assemblée gé­né­ra­le du CECAP, à Loctudy, une or­tho­pho­nis­te a fait un ex­po­sé sur les trou­bles et la ré­édu­ca­tion de la pa­ro­le, de la dé­glu­ti­tion et de l’écriture dans la ma­la­die de Parkinson.

Cet ex­po­sé est ré­su­mé dans le tex­te qui suit.

1. Troubles de la pa­ro­le (Dysarthrie)
Ces trou­bles sont très fré­quents chez les su­jets par­kin­so­niens

Ils se ca­rac­té­ri­sent par une ré­duc­tion de l’intensité vo­ca­le, une voix rau­que et mo­no­to­ne et une ar­ti­cu­la­tion im­pré­ci­se.

Les trou­bles de la pa­ro­le ap­pa­rais­sent sou­vent au dé­but de la ma­la­die, mais peu­vent res­ter as­sez long­temps, igno­rés ou in­com­pris du pa­tient. Lors de la pre­miè­re consul­ta­tion or­tho­pho­ni­que, on peut en­ten­dre ce gen­re de phra­ses: « on ne m’écoute pas! », « on me cou­pe la pa­ro­le », « je ne peux pas pren­dre la pa­ro­le en réunion », « ma fem­me est sour­de » etc…

Les trou­bles de la pa­ro­le sont pour­tant pé­na­li­sants et han­di­ca­pent le pa­tient dans la vie so­cia­le et pro­fes­sion­nel­le. Ils doi­vent donc être trai­tés le plus pré­co­ce­ment pos­si­ble.

Que pro­po­ser com­me trai­te­ment ?

  • les trai­te­ments mé­di­ca­men­teux an­ti­par­kin­so­niens clas­si­ques (L Dopa, ago­nis­tes do­pa­mi­ner­gi­ques..) ef­fi­ca­ces pour l’amélioration de la mo­tri­ci­té des mem­bres, sont très peu ou pas du tout ef­fi­ca­ces dans le trai­te­ment de la dys­ar­thrie. Il en est de mê­me des trai­te­ments neu­ro­chi­rur­gi­caux.
  • les trai­te­ments or­tho­pho­ni­ques tra­di­tion­nels, sou­vent fas­ti­dieux pour le su­jet, n’ont pas non plus dé­mon­tré leur ef­fi­ca­ci­té dans le trai­te­ment de la dys­ar­thrie par­kin­so­nien­ne. Pour ré­édu­quer la pa­ro­le, il faut par­ler et non se li­mi­ter à des exer­ci­ces de­vant une gla­ce.

C’est pour­quoi, cet­te or­tho­pho­nis­te pré­co­ni­se une mé­tho­de, qu’elle ap­pli­que avec suc­cès de­puis plu­sieurs an­nées, la LSVT (Lee Silverman Voice Treatment) ou mé­tho­de de Lee Silverman.

Cette mé­tho­de est spé­ci­fi­que au trai­te­ment de la dys­ar­thrie par­kin­so­nien­ne. Pour être plei­ne­ment ef­fi­ca­ce, il faut res­pec­ter les condi­tions sui­van­tes :

  • la ré­édu­ca­tion doit être pré­co­ce et in­ten­si­ve
  • cha­que ses­sion de ré­édu­ca­tion com­prend 16 séan­ces de 1 heu­re, à rai­son de 4 séan­ces heb­do­ma­dai­res sur 4 se­mai­nes consé­cu­ti­ves.
  • les ses­sions sont à re­nou­ve­ler dans le temps (voi­re tous les ans)
  • la ré­édu­ca­tion de­man­de de l’énergie et la par­ti­ci­pa­tion ac­ti­ve du pa­tient
  • après cha­que séan­ce jour­na­liè­re, le pa­tient fait des exer­ci­ces à do­mi­ci­le avant la séan­ce sui­van­te.

Au cours des séan­ces, le tra­vail de ré­édu­ca­tion (sim­ple et pré­cis) est por­té par­ti­cu­liè­re­ment sur l’augmentation de la pro­duc­tion pho­na­toi­re.
Cette mé­tho­de LSVT d’origine amé­ri­cai­ne est pra­ti­quée en France par des or­tho­pho­nis­tes agréés.

2. Troubles de la dé­glu­ti­tion (Dysphagie)
Les trou­bles de la dé­glu­ti­tion tou­chent pres­que tous les pa­tients par­kin­so­niens à des de­grés di­vers, et ap­pa­rais­sent sou­vent dès le dé­but de la ma­la­die.

Les symp­tô­mes des trou­bles de dé­glu­ti­tion sont en par­ti­cu­lier une mo­bi­li­té ré­dui­te de la lan­gue, une for­ma­tion dif­fi­ci­le du bol ali­men­tai­re, une per­te du ré­flexe pha­ryn­gé et une contrac­tion pha­ryn­gée in­suf­fi­san­te.
La dys­pha­gie a pour consé­quen­ces une per­te d’appétit du pa­tient en­traî­nant sou­vent une per­te de poids, des dif­fi­cul­tés à ava­ler ses mé­di­ca­ments, Dans les der­niers sta­des de la ma­la­die, el­le peut pro­vo­quer des «  faus­ses rou­tes », à l’origine de pneu­mo­pa­thies d’aspiration pou­vant en­traî­ner le dé­cès du pa­tient.

Enfin, la dys­pha­gie em­pê­che que la sa­li­ve pro­dui­te ré­gu­liè­re­ment par les glan­des sa­li­vai­res soit ab­sor­bée au­to­ma­ti­que­ment (de l’ordre de 2000 fois par jour nor­ma­le­ment). La sa­li­ve non ab­sor­bée s’accumule alors dans la bou­che, et com­me le pa­tient a gé­né­ra­le­ment la tê­te bais­sée fi­nit par dé­bor­der et cou­ler à la com­mis­su­re des lè­vres (ba­va­ge).

Le trai­te­ment de la dys­pha­gie par l’orthophoniste consis­te d’abord à tra­vailler sur un re­dres­se­ment de la pos­tu­re du pa­tient et une mo­di­fi­ca­tion de son ré­gi­me ali­men­tai­re.
Ensuite des exer­ci­ces spé­ci­fi­ques de mo­tri­ci­té ora­le peu­vent être pro­po­sés au pa­tient pour amé­lio­rer la to­ni­ci­té mus­cu­lai­re. Et as­so­ciés à la LSVT pour amé­lio­rer la fonc­tion de dé­glu­ti­tion.

3. Troubles de l’écriture (Micrographie)

Le trai­te­ment des trou­bles de l’écriture fait aus­si par­tie de la com­pé­ten­ce de l’orthophoniste.

La mi­cro­gra­phie est un trou­ble de l’écriture sou­vent pré­sent dès le dé­but de la ma­la­die de Parkinson. Elle se ca­rac­té­ri­se par une écri­tu­re qui de­vient de plus en plus pe­ti­te à me­su­re que la main pro­gres­se vers la fin d’un mot ou d’une li­gne.

L’écriture peut n’être que lé­gè­re­ment ra­len­tie ou mi­cro­gra­phi­que et res­ter li­si­ble. Mais el­le peut être per­tur­bée au point que la phra­se en­tiè­re soit illi­si­ble. Ce trou­ble a des consé­quen­ces né­ga­ti­ves sur la vie so­cia­le et pro­fes­sion­nel­le

En ré­édu­ca­tion, l’accent est mis sur l’exagération de l’amplitude du mou­ve­ment et la gros­seur des let­tres à tra­cer. On peut par exem­ple, en bou­geant le bras et l’épaule, mi­mer le tra­cé d’énormes ”0” ou de “8”. Par ailleurs l’orthophoniste dis­po­se d’autres tech­ni­ques pour ra­len­tir la pro­gres­sion du trou­ble.

Une ses­sion de ré­édu­ca­tion peut être fai­te en 15 séan­ces.

Enfin le pa­tient peut par l’utilisation de cer­tai­nes re­cet­tes (choix de pa­pier qua­drillé de crayons et de sty­los adap­tés; écri­tu­re en let­tres dé­ta­chées de pré­fé­ren­ce à l’écriture cur­si­ve) pal­lier les in­con­vé­nients de la mi­cro­gra­phie

Le pa­tient de­vra s’entrainer à écri­re ré­gu­liè­re­ment, en pen­sant à ce qu’il fait. Et écri­re le plus sou­vent pos­si­ble, par exem­ple il faut qu’il conti­nue à com­mu­ni­quer par écrit avec ses pro­ches.

Par Jean Pierre LAGADEC

La narcolepsie vue par le professeur LUDIN du comité consultatif Parkinson suisse

Article pa­ru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT N°35 – dé­cem­bre 2008

Question d’une lec­tri­ce : mon ma­ri souf­fre du Parkinson de­puis quel­ques an­nées. Il s’en ac­com­mo­de très bien, et moi-même je m’adapte bien à lui et à sa ma­la­die. Cependant, quel­que cho­se me stres­se : la nar­co­lep­sie. Cela lui ar­ri­ve le plus sou­vent au res­tau­rant ou lors­que l’on nous rend vi­si­te. Tout le mon­de pa­ni­que, veut nous ai­der ou ap­pe­ler une am­bu­lan­ce. Je sais que ce n’est pas dan­ge­reux, mais je suis tout de mê­me peu ras­su­rée. Devons-nous vi­vre avec ce han­di­cap ?

Réponse du pro­fes­seur : Il se­rait im­por­tant de m’en di­re da­van­ta­ge sur les mé­di­ca­ments pris par le pa­tient et sur sa qua­li­té de som­meil pen­dant la nuit. Les mé­di­ca­ments contre le Parkinson, en par­ti­cu­lier les ago­nis­tes de la do­pa­mi­ne, peu­vent ag­gra­ver la som­no­len­ce diur­ne et éga­le­ment pro­vo­quer ce que l’on ap­pel­le des cri­ses de som­meil, sus­cep­ti­bles d’avoir des consé­quen­ces ca­tas­tro­phi­ques en par­ti­cu­lier au vo­lant d’un vé­hi­cu­le mo­to­ri­sé. Si le pa­tient est trai­té par ago­nis­tes de la do­pa­mi­ne, il convien­drait d’envisager une ré­duc­tion de la po­so­lo­gie lors de la consul­ta­tion avec le mé­de­cin trai­tant. Si les mé­di­ca­ments sont res­pon­sa­bles de la som­no­len­ce dé­cri­te, en gé­né­ral l’amélioration ne tar­de pas à se ma­ni­fes­ter. Une mau­vai­se qua­li­té du som­meil pen­dant la nuit peut éga­le­ment être à l’origine d’une plus gran­de som­no­len­ce diur­ne. Malheureusement, les trou­bles du som­meil sont fré­quents chez les Parkinsoniens. Ils peu­vent avoir dif­fé­ren­tes ori­gi­nes. Une ana­ly­se ap­pro­fon­die per­met sou­vent de ci­bler la cau­se et d’obtenir une amé­lio­ra­tion.

Le fait que l’endormissement ait lieu en par­ti­cu­lier au res­tau­rant ou lors des vi­si­tes per­met de soup­çon­ner une au­tre cau­se pos­si­ble : chez de nom­breux Parkinsoniens, les pro­ces­sus cog­ni­tifs sont ra­len­tis. Ils ont ain­si plus de mal à sui­vre une dis­cus­sion ani­mée et leurs pro­pres contri­bu­tions sont sou­vent trop tar­di­ves. Cela peut les in­ci­ter à dé­cro­cher de la conver­sa­tion et à s’assoupir. Dans le cas pré­cis, il se­rait es­sen­tiel que tous les par­ti­ci­pants tien­nent comp­te du ra­len­tis­se­ment du pa­tient et le fas­sent par­ti­ci­per ac­ti­ve­ment à la conver­sa­tion.

Lu dans « PARKINSON Suisse » n°88 par Jean GRAVELEAU

Une découverte fondamentale : Une nouvelle source de neurones dans le cerveau adulte

Article pa­ru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT N°35 – dé­cem­bre 2008

Lu sur Google, lun­di 27 oc­to­bre 08

Des cher­cheurs de l’Institut Pasteur et du CNRS vien­nent d’identifier une nou­vel­le sour­ce de pro­duc­tion de neu­ro­nes dans le cer­veau adul­te. Leurs tra­vaux, pu­bliés dans le Journal of Neuroscience, ap­por­tent la preu­ve des ca­pa­ci­tés in­trin­sè­ques du cer­veau à s’auto-réparer. Ils ou­vrent ain­si des pers­pec­ti­ves in­at­ten­dues pour le dé­ve­lop­pe­ment de thé­ra­pies, no­tam­ment pour le trai­te­ment des pa­tho­lo­gies neu­ro­dé­gé­né­ra­ti­ves, com­me la ma­la­die de Parkinson ou la Chorée de Huntington.

En 2003, alors que les neu­ro­bio­lo­gis­tes consi­dé­raient de­puis tou­jours que le cer­veau et la moel­le épi­niè­re ne pou­vaient se ré­pa­rer, en cas de lé­sion ou de ma­la­die, la dé­cou­ver­te de cel­lu­les sou­ches au cœur du cer­veau adul­te par Pierre-Marie Lledo et son équi­pe, à l’Institut Pasteur (uni­té Perception et mé­moi­re, CNRS URA 2182), avait bou­le­ver­sé le dog­me cen­tral en neu­ro­bio­lo­gie. Les cher­cheurs avaient en ef­fet mon­tré que cer­tai­nes cel­lu­les non-neuronales, ap­pe­lées cel­lu­les glia­les, pou­vaient se trans­for­mer en neu­ro­nes, eux-mêmes ca­pa­bles d’intégrer des ré­seaux cel­lu­lai­res exis­tants. L’an­née sui­van­te, la mê­me uni­té avait iden­ti­fié une mo­lé­cu­le char­gée d’attirer ces néo-neurones de­puis leur zo­ne de for­ma­tion jus­que dans le bul­be ol­fac­tif, une au­tre ré­gion du cer­veau.

Aujourd’hui, Pierre-Marie Lledo et son équi­pe ap­por­tent de nou­veaux es­poirs pour les stra­té­gies thé­ra­peu­ti­ques qui vi­sent à ré­pa­rer le cer­veau. En col­la­bo­ra­tion avec l’unité de Virologie mo­lé­cu­lai­re et vec­to­ro­lo­gie, di­ri­gée à l’Institut Pasteur par Pierre Charneau, les cher­cheurs prou­vent en ef­fet que ces cel­lu­les sou­ches de ty­pe glial, ca­pa­bles de se trans­for­mer en neu­ro­nes, sont lo­ca­li­sées non seule­ment dans la zo­ne de for­ma­tion qu’ils ont iden­ti­fiée en 2003, mais éga­le­ment tout le long d’un tun­nel dans le­quel mi­grent les nou­veaux neu­ro­nes, ain­si que dans le bul­be ol­fac­tif.

Les cher­cheurs ont pu ob­ser­ver et prou­ver di­rec­te­ment ce phé­no­mè­ne grâ­ce à la mi­se au point d’un vec­teur vi­ral ca­pa­ble de ci­bler spé­ci­fi­que­ment les cel­lu­les glia­les et de les ren­dre fluo­res­cen­tes. Après avoir in­jec­té ce vec­teur dans la zo­ne neu­ro­gé­ni­que dé­jà connue, puis dans de nou­veaux ter­ri­toi­res, ils ont consta­té que de nom­breu­ses ré­gions du cer­veau de­ve­naient fluo­res­cen­tes, et pos­sé­daient donc la ca­pa­ci­té uni­que à pro­dui­re des neu­ro­nes.

L’équipe a en ou­tre ob­ser­vé que l’absence de sti­mu­la­tion ol­fac­ti­ve, à la sui­te d’une lé­sion de l’organe sen­so­riel, in­ten­si­fiait la trans­for­ma­tion des cel­lu­les glia­les en neu­ro­nes. Cette for­ma­tion des néo-neurones ain­si exa­cer­bée prou­ve donc que le cer­veau pos­sè­de des pro­prié­tés in­trin­sè­ques d’autoréparation.

« Ces tra­vaux don­nent un nou­vel éclai­ra­ge sur les fonc­tions ré­pa­ra­tri­ces du sys­tè­me ner­veux cen­tral, sou­li­gne Pierre-Marie Lledo. En dé­tour­nant des neu­ro­nes nou­vel­le­ment for­més de­puis leur zo­ne ger­mi­na­ti­ve vers les ré­gions lé­sées, on pour­rait en ef­fet es­pé­rer contri­buer à éla­bo­rer de nou­vel­les stra­té­gies thé­ra­peu­ti­ques, pour le trai­te­ment des pa­tho­lo­gies neu­ro­dé­gé­né­ra­ti­ves com­me la Chorée de Huntington ou la ma­la­die de Parkinson ».

Source: CNRS (Ct Nal RecherchesScientifiques)

Maladie de Parkinson et souffrance psychologique

Article pa­ru dans LE PARKINSONIEN INDEPENDANT N°35 – dé­cem­bre 2008

Samedi 11 fé­vrier, de­vant une as­sem­blée d’environ 80 per­son­nes, le Dr Laurence AUTRET, psy­chia­tre, nous a dres­sé un ta­bleau de la souf­fran­ce psy­cho­lo­gi­que dans la Maladie de Parkinson, avec des mots sim­ples, en par­tant du vé­cu. Le but de la dé­mar­che peut se ré­su­mer ain­si : « mieux se connaî­tre, pour mieux agir ».

Après une des­crip­tion des trou­bles psy­chi­ques pos­si­bles dans la Maladie de Parkinson, de leur fré­quen­ce, le cas de la dé­pres­sion a été abor­dé avec ses symp­tô­mes et la dif­fi­cul­té du diag­nos­tic chez le ma­la­de par­kin­so­nien. S’en est sui­vi un cha­pi­tre sur les consé­quen­ces de ces trou­bles neu­ro­psy­chia­tri­ques, leurs ori­gi­nes, et la ques­tion : « que fai­re quand la souf­fran­ce est là ? ». Le Dr Laurence AUTRET a pro­po­sé des conseils au quo­ti­dien et abor­dé les si­tua­tions de cri­se.

Dans la symp­to­ma­to­lo­gie psy­chia­tri­que de la M.P, on re­con­naît, les trou­bles de l’humeur com­me la dé­pres­sion, les trou­bles an­xieux, les trou­bles du som­meil, les hal­lu­ci­na­tions, les états dé­li­rants (ja­lou­sie, peur du com­plot…), les trou­bles de condui­te (im­pul­si­vi­té, agres­si­vi­té, dé­pen­dan­ce à la L-Dopa…), les trou­bles com­pul­sifs (jeux, hy­per sexua­li­té…).

60% des ma­la­des par­kin­so­niens sont confron­tés un jour ou l’autre, à une de ces for­mes.
Dans 25% des cas, on ren­con­tre des trou­bles cog­ni­tifs. Cela peut se tra­dui­re par : la per­te de la no­tion d’espace, des trou­bles de la concen­tra­tion, de la mé­moi­re, la dif­fi­cul­té à gé­rer deux cho­ses à la fois, à sui­vre un rai­son­ne­ment com­plexe, une len­teur dans les ré­ac­tions, une moin­dre ini­tia­ti­ve, une hy­per­émo­ti­vi­té…, mais une gran­de va­ria­bi­li­té se­lon les mo­ments.

Les trou­bles dé­pres­sifs tou­chent 40% des par­kin­so­niens contre 6% à 12% pour l’ensemble de la po­pu­la­tion. 70% des par­kin­so­niens contre 30% de la po­pu­la­tion connaî­tront la dé­pres­sion. Dans cer­tains cas la dé­pres­sion pré­cè­de les pre­miers si­gnes de la ma­la­die.

Quelques ques­tions qui orien­tent vers la pré­sen­ce d’une dé­pres­sion :

Pour le ma­la­de :

  • Vous sentez-vous glo­ba­le­ment in­sa­tis­fait de vo­tre vie ?
  • Ressentez-vous un vi­de à l’intérieur de vous ?
  • Diriez-vous que vous êtes plu­tôt mal­heu­reux, plu­tôt in­quiet ?
  • Avez-vous lais­sé de cô­té des ac­ti­vi­tés ?
  • Pleurez-vous pour un rien ?
  • Avez-vous tout le temps l’impression que les au­tres y ar­ri­vent mieux ?

Et pour l’entourage :

  • Avez-vous l’impression que le ma­la­de en de­man­de par­fois trop? De vous met­tre en co­lè­re ou d’être gê­né par le com­por­te­ment du ma­la­de ?
  • Avez-vous l’impression de n’avoir plus de temps à vous ? Que vos re­la­tions se dé­té­rio­rent? Que vous per­dez la san­té?
  • Avez-vous peur de l’avenir?
  • Avez-vous l’impression de ne pas être à la hau­teur, qu’il fau­drait fai­re mieux ou plus ?

Dans la dé­pres­sion, c’est tou­te la per­son­ne qui est at­tein­te. Cela se tra­duit par des si­gnes psy­chi­ques et phy­si­ques, des chan­ge­ments de com­por­te­ment in­ten­ses et du­ra­bles (dou­leur mo­ra­le, hy­per­sen­si­bi­li­té, hon­te, culpa­bi­li­té, an­gois­se, confu­sion, ra­len­tis­se­ment psy­cho­phy­si­que, per­te de l’appétit, per­te du goût des cho­ses, ir­ri­ta­bi­li­té, im­pos­si­bi­li­té à se re­laxer…).

Quand on sus­pec­te une dé­pres­sion, il faut en par­ler au mé­de­cin, mais il y a tou­jours une gran­de dif­fi­cul­té pour la per­son­ne à re­con­naî­tre qu’elle souf­fre d’une dé­pres­sion. Il s’agira donc de po­ser la ques­tion in­di­rec­te­ment : « Tu n’es plus com­me avant », y re­ve­nir pro­gres­si­ve­ment et ame­ner la per­son­ne à fai­re une dé­mar­che, sans ja­mais pren­dre un rendez-vous à sa pla­ce, ni la met­tre de­vant le fait ac­com­pli.

Les consé­quen­ces des trou­bles neu­ro­psy­chia­tri­ques :

  • al­té­ra­tion de la qua­li­té de vie
  • al­té­ra­tion de la re­la­tion à l’autre (vie com­mu­ne, vie de cou­ple)
  • re­trait so­cial, iso­le­ment
  • consé­quen­ces mo­ra­les et ju­di­ciai­res (jeux, sexua­li­té)
  • ris­que sui­ci­dai­re dont le diag­nos­tic est dif­fi­ci­le car les in­ten­tions ne sont pas ex­pri­mées. Il n’y a pas de sur­re­pré­sen­ta­tion sta­tis­ti­que chez les par­kin­so­niens en gé­né­ral, ce­pen­dant il est consta­té un taux anor­ma­le­ment éle­vé chez les neu­ro­sti­mu­lés. Depuis peu, une équi­pe de cher­cheurs se pen­che sur cet­te pro­blé­ma­ti­que.

Le diag­nos­tic de la dé­pres­sion est ren­du plus dif­fi­ci­le chez les par­kin­so­niens car on re­trou­ve des symp­tô­mes com­muns avec la M.P.

A re­te­nir, les trou­bles psy­chi­ques font par­tie de la M.P., et il faut en par­ler, ne pas avoir hon­te, les mé­de­cins connais­sent les trou­bles et peu­vent les éva­luer.

L’origine des trou­bles neu­ro­psy­chia­tri­ques :

  • ori­gi­ne neu­ro­lo­gi­que : les dys­ré­gu­la­tions do­pa­mi­ner­gi­ques et des mo­di­fi­ca­tions struc­tu­ra­les des noyaux de la ba­se
  • ori­gi­ne ia­tro­gè­ne, due aux mé­di­ca­ments qui peu­vent en­traî­ner des ef­fets de dé­pres­sion, des hal­lu­ci­na­tions
    ori­gi­ne dé­gé­né­ra­ti­ve, due au vieillis­se­ment, avec des lé­sions ana­to­mi­ques cé­ré­bra­les.
  • ori­gi­ne psy­chi­que, les dif­fi­cul­tés liées au vé­cu de la ma­la­die et du han­di­cap ont des in­ci­den­ces sur le psy­chis­me et en­gen­dre un sen­ti­ment de per­te : per­te de contrô­le sur ce qui ar­ri­ve, in­ca­pa­ci­té à tra­vailler d’où bles­su­re iden­ti­tai­re, per­te de l’estime de soi (« on ne vaut pas grand-chose »), per­te de la li­bi­do, per­te d’autonomie…

Alors que fai­re ?

  • Se soi­gner, consul­ter, car on ne peut pas s’en sor­tir seul quand on est dé­pres­sif. Dans un pre­mier temps, soi­gner la M.P., trai­ter les symp­tô­mes, trou­ver le meilleur trai­te­ment, sur­veiller les ef­fets se­con­dai­res. Puis, trai­ter la dé­pres­sion avec des mé­di­ca­ments psy­cho­tro­pes et an­xio­ly­ti­ques. Attention, il n’y a pas d’effet im­mé­diat, il faut sur­veiller les pré­cau­tions d’emploi, res­pec­ter les pri­ses et les du­rées et per­sé­vé­rer dans le trai­te­ment.
  • Chercher un sou­tien psy­cho­lo­gi­que, dans l’entourage, à tra­vers le ré­seau de soin (mé­de­cin trai­tant, neu­ro­lo­gue, phar­ma­cien, or­tho­pho­nis­te…), les grou­pes d’entraide (as­so­cia­tions)., Mais aus­si ren­con­trer un « psy », in­ter­lo­cu­teur neu­tre et bien­veillant qui peut en­ten­dre des confi­den­ces que l’on ne peut pas tou­jours fai­re à l’entourage. Exprimer sa souf­fran­ce, c’est s’autoriser à re­con­naî­tre ses émo­tions, à en­vi­sa­ger des so­lu­tions, à re­la­ti­vi­ser, à se dé­cul­pa­bi­li­ser. Seulement 5% des per­son­nes ac­cep­tent de se fai­re ai­der

Conseils au quo­ti­dien :

  • S’informer sur la ma­la­die, mais pas trop, et ne cher­cher que ce qui nous in­té­res­se. Connaître don­ne le sen­ti­ment de contrô­ler. La fia­bi­li­té des in­for­ma­tions doit être va­li­dée par le mé­de­cin. Ne pas hé­si­ter à de­man­der des ex­pli­ca­tions sim­ples au neu­ro­lo­gue.
  • Respecter ses li­mi­tes et cel­les de l’autre. La ma­la­die en­traî­ne une per­te de l’énergie vi­ta­le d’où une moin­dre dis­po­ni­bi­li­té. Réduire les au­tres « per­tes » d’énergie, cher­cher ac­ti­ve­ment ce qui nous in­té­res­se. N’entreprendre qu’une cho­se à la fois. Fractionner les tâ­ches. Faire des pau­ses sou­vent. Rechercher, pri­vi­lé­gier une ou des ac­ti­vi­tés en de­hors de chez soi – l’extérieur est une sti­mu­la­tion – Savoir s’arrêter quand on est fa­ti­gué (pas évi­dent !).
  • Revoir ses prio­ri­tés. Où est mon es­sen­tiel ? Se « dé­bar­ras­ser » du sens du de­voir, d’un sys­tè­me de va­leur ar­bi­trai­re qui re­po­se sur l’image que l’on veut don­ner. Rechercher la paix avec soi-même.
  • Reconnaître sa va­leur hu­mai­ne. Se connaî­tre, être bien­veillant avec soi-même. Savoir ex­ploi­ter ses po­ten­tia­li­tés dif­fé­ren­tes. Ne pas se com­pa­rer aux au­tres. Admettre le chan­ge­ment. En par­ler pour ces­ser de se dé­va­lo­ri­ser. Malade oui, mais adul­te res­pon­sa­ble.
  • Accepter le né­ga­tif. Les émo­tions né­ga­ti­ves c’est une plain­te in­té­rieu­re, une souf­fran­ce, le si­gne que quel­que cho­se ne va pas. Dépasser la culpa­bi­li­té. La vie conti­nue son cours, on n’a pas à être mé­na­gé. Il y au­ra for­cé­ment des mo­ments dif­fi­ci­les. Savoir pas­ser à au­tre cho­se. Surtout, ne pas s’isoler.
  • Se pré­ser­ver l’environnement. Faire des amé­na­ge­ments concrets pour se fa­ci­li­ter la vie. La constan­ce des re­pè­res pro­cu­re un sen­ti­ment de sé­cu­ri­té. Veiller à la ré­gu­la­ri­té des pri­ses des mé­di­ca­ments sur­tout des psy­cho­tro­pes.
  • Se pré­ser­ver le temps. Chaque jour, on a 24 h pour « ca­ser » ses be­soins. Le temps li­bre se dé­ci­de, se pla­ni­fie. Privilégier les sor­ties. Rechercher le plai­sir dans les ac­ti­vi­tés. Gérer l’emploi du temps, lis­ter les ta­ches fixes (toi­let­te, cour­ses) ré­vi­ser la fré­quen­ce, re­voir les « us et cou­tu­mes », pré­voir des mar­ges. Renoncer n’est pas dé­mis­sion­ner, c’est mieux de s’investir dans l’essentiel, lais­ser le su­per­flu et évi­ter de se met­tre la pres­sion. Rechercher la qua­li­té plus que la quan­ti­té.
  • Demander de l’aide. C’est une dé­mar­che dif­fi­ci­le, ce­la sup­po­se de re­con­naî­tre ses fai­bles­ses, c’est pren­dre le ris­que du re­fus de l’autre. Demander de l’aide, n’est pas ca­pi­tu­ler, mais une dé­mar­che ac­ti­ve pour du­rer. Déléguer n’est pas se dé­char­ger de ses res­pon­sa­bi­li­tés, c’est se dé­char­ger du su­per­flu. Redistribuer les rô­les, n’est pas per­dre de l’importance, c’est ren­for­cer la so­li­da­ri­té. Personne n’ose contes­ter l’omniprésence de l’aidant, mais il faut sa­voir la re­met­tre en cau­se; tous les cou­ples ont be­soin de « res­pi­rer » l’un sans l’autre. Accepter l’imperfection et tou­jours cher­cher des so­lu­tions.
  • Savoir pro­fi­ter de la vie. Avoir tou­jours un pro­jet d’avance, et le dé­sir d’aller de l’avant. Chercher la com­pa­gnie des vi­vants. Trouver des al­ter­na­ti­ves pour di­mi­nuer les frus­tra­tions. Les sti­mu­la­tions ex­té­rieu­res sont gé­né­ra­le­ment bé­né­fi­ques sur les symp­tô­mes de la M.P.
  • Enrichir sa vie de cou­ple. Avoir un but com­mun, le bien-être de cha­cun, en­sem­ble. Devenir ai­dant n’a rien de na­tu­rel, évi­ter de n’être que le gar­de ma­la­de, on est avant tout un ai­mant et un ai­mé. La dé­pen­dan­ce a des as­pects mul­ti­ples, on a be­soin l’un de l’autre mais sur des plans dif­fé­rents. Nécessité de se mé­na­ger l’un et l’autre. Ne pas tom­ber dans la sur­en­chè­re : malaise/culpabilité. Encore une fois, re­cher­cher la qua­li­té et pré­ser­ver l’atmosphère de la re­la­tion. L’ambiance dans la­quel­le sont fai­tes les cho­ses comp­te plus que le ré­sul­tat.

Les si­tua­tions de cri­ses :

  • l’impossible ac­cep­ta­tion, la ma­la­die est une in­jus­ti­ce,
  • le re­non­ce­ment à une cer­tai­ne idée de la vie,
  • Les pro­blè­mes de som­meil met­tent le cou­ple à l’épreuve, jours et nuits sont en­va­his.
  • la mo­di­fi­ca­tion de la li­bi­do dé­sta­bi­li­se l’intimité du cou­ple
  • la peur de per­dre l’autre,
  • la « sur­veillan­ce » jus­ti­fiée par « c’est pour ton bien »,
  • les pha­ses OFF, pé­rio­des d’aggravation,
  • les si­tua­tions à ris­que.


Continuer quand mê­me.

Pour cha­que cho­se, cher­cher une so­lu­tion, re­voir les ob­jec­tifs, re­non­cer, trou­ver une sup­pléan­ce, chan­ger tout ce qui peut être chan­gé et sur­tout de­man­der de l’aide.

Conclusion
La Maladie de Parkinson in­duit des trou­bles psy­chi­ques, et il faut en te­nir comp­te dans la vie quo­ti­dien­ne et pour mieux com­mu­ni­quer. Il n’y a pas de hon­te, et ce­la fait par­tie de la ma­la­die. Il est im­por­tant d’en par­ler avec son mé­de­cin, avec des per­son­nes de confian­ce.
Vivre avec la ma­la­die de Parkinson, c’est un dé­fi au quo­ti­dien. La per­son­ne est « tom­bée ma­la­de », l’entourage est « tom­bé ai­dant » et le mot d’ordre c’est le bien-être de cha­cun en­sem­ble et pour long­temps. Chacun est seul maî­tre à bord de son na­vi­re, jusqu’au bout. L’être hu­main est, avant tout, un être sen­si­ble au sen­ti­ment de di­gni­té.

Rédigé par Guy SEGUIN

Lutter contre les périodes sombres

Article pa­ru dans LE PARKINSONIEN INDEPENDANT N°35 – dé­cem­bre 2008

Par Johannes KORNACHER, Lu dans le « PARKINSON Suisse » N°88

Chez les Parkinsoniens, le ris­que de dé­pres­sion est éle­vé. Elle a des ori­gi­nes chi­mi­ques et psy­chi­ques. S’il est ai­dé par le ma­la­de et son en­tou­ra­ge, le mé­de­cin a les moyens de l’endiguer.

Une fois de plus, Heinz F. a l’impression de tout fai­re de tra­vers. Aujourd’hui, au vo­lant de sa voi­tu­re au­to­ma­ti­que, il est en­tré en mar­che avant dans la por­te de son ga­ra­ge, per­sua­dé que la mar­che ar­riè­re était en­co­re en­clen­chée après un mo­ment d’inattention. « C’est tout moi. Depuis que je souf­fre du Parkinson, la gui­gne me col­le aux bas­ques », pense-t-il. Heinz F. a le sen­ti­ment d’être res­pon­sa­ble de tous ses mal­heurs. Il consi­dè­re sa ma­la­die com­me une pu­ni­tion.

Tout le mon­de le contre­dit. Toutefois Heinz F. ne souf­fre pas seule­ment du Parkinson. Il est éga­le­ment dé­pres­sif. On ne peut rien lui di­re; ac­tuel­le­ment, il vit dans ce que l’on ap­pel­le une spi­ra­le de pen­sées né­ga­ti­ves. Le prin­ci­pe est le sui­vant : le Parkinsonien pen­se par exem­ple : « Je ne peux plus rien fai­re cor­rec­te­ment », puis : « Je pré­fè­re ne pas es­sayer » et en­fin conclut en consta­tant son échec : « Rien ne va plus ». Ces der­niers mois, Heinz F. s’est em­pê­tré de plus en plus dans une spi­ra­le de pen­sées né­ga­ti­ves. Chez le mé­de­cin, il se res­sai­sit, mais la re­mar­que sui­van­te lui échap­pe ce­pen­dant : « Je fais tout de tra­vers ».

Souvent, com­me c’est le cas pour Heinz F., les dé­pres­sions ac­com­pa­gnant la ma­la­die de par­kin­son sont d’origine psy­cho­réac­ti­ve. Il s’agit de ré­ac­tion à la ma­la­die. Par exem­ple, alors que les han­di­caps phy­si­ques al­tè­rent la qua­li­té de vie : « on veut conti­nuer à tout fai­re com­me avant », in­di­que Joachim Kohler, an­cien neu­ro­lo­gue. « En réa­li­té, on n’accepte pas la ma­la­die ». La dé­pres­sion rem­pla­ce la co­lè­re, la ra­ge ou la tris­tes­se. Souvent on mi­ni­mi­se le Parkinson dès la pha­se de dé­mar­ra­ge. On met en dou­te la gra­vi­té de la nou­vel­le si­tua­tion et on re­fu­se tou­te ai­de. Les spé­cia­lis­tes rap­por­tent qu’au cours de cet­te pha­se, cinq pour cent tout au plus des Parkinsoniens ac­cep­tent une ai­de psy­cho­lo­gi­que. Cependant, ils doi­vent as­si­mi­ler un point ca­pi­tal : la per­te de leur an­cien mo­de de vie.

Près de la moi­tié des Parkinsoniens dé­ve­lop­pent une dé­pres­sion. Il ne s’agit d’une ré­ac­tion émo­tion­nel­le à la ma­la­die que pour une par­tie d’entre eux. Souvent, les symp­tô­mes dé­pres­sifs ac­com­pa­gnant le Parkinson se ma­ni­fes­tent par un dés­équi­li­bre de dif­fé­rents mes­sa­gers chi­mi­ques et par la dé­gé­né­res­cen­ce des liai­sons ner­veu­ses dans le cer­veau. Les dé­pres­sions pré­exis­tent fré­quem­ment à l’apparition des pre­miers symp­tô­mes vi­si­bles du Parkinson. Les mé­de­cins le sa­vent de­puis long­temps.

Cependant, ces der­niers temps, on prê­te da­van­ta­ge at­ten­tion aux dé­pres­sions. « Auparavant, les pro­blè­mes mo­teurs fi­gu­raient au pre­mier plan », dé­cla­re le neu­ro­lo­gue Stephan Hägele, mé­de­cin à l’hôpital can­to­nal de Saint-Gall. L’objectif thé­ra­peu­ti­que prin­ci­pal consis­tait à évi­ter les fluc­tua­tions des per­for­man­ces mo­tri­ces et les dys­ki­né­sies. « Aujourd’hui, nous sa­vons que les symp­tô­mes non mo­teurs tels que la dé­pres­sion jouent un rô­le en­co­re plus im­por­tant pour la qua­li­té de la vie ». Entre-temps, les dé­pres­sions ac­com­pa­gnant la ma­la­die de Parkinson ont fait l’objet de re­cher­ches et l’on dis­po­se dé­sor­mais de da­van­ta­ge de conclu­sions cer­tai­nes, qui sont in­té­grées au trai­te­ment. Le thè­me de la dé­pres­sion était-il né­gli­gé ? « Souvent, on ne l’a pas dis­cer­née car de nom­breux symp­tô­mes vi­si­bles du Parkinson sont iden­ti­ques à ceux de la dé­pres­sion, com­me par exem­ple l’expression du vi­sa­ge et le ra­len­tis­se­ment », ex­pli­que le doc­teur Hägele. Par ailleurs, les pa­tients in­for­ment ra­re­ment leur mé­de­cin de leur état émo­tion­nel. Si celui-ci ne po­se pas de ques­tions ci­blées, la dé­pres­sion peut pas­ser in­aper­çue.

Le dia­lo­gue avec le mé­de­cin est dé­ci­sif pour le diag­nos­tic et le trai­te­ment. Il en va de mê­me pour le par­te­nai­re et pour les pro­ches. Ils peu­vent fai­re part au mé­de­cin de leurs ob­ser­va­tions et de leurs ex­pé­rien­ces, no­tam­ment d’un ré­cent chan­ge­ment de l’expression du vi­sa­ge ou de cer­tai­nes dé­cla­ra­tions du pa­tient, ou lui in­di­quer au cours de quel­le pha­se les états dé­pres­sifs se ma­ni­fes­tent, par exem­ple en pha­se off. « La contri­bu­tion des pro­ches peut s’avérer pré­cieu­se lors de l’anamnèse », dé­cla­re le doc­teur Hägele. Cependant, le pa­tient peut éga­le­ment s’observer et don­ner des in­di­ca­tions à son mé­de­cin. Ce der­nier doit alors l’interroger : « Ressentez-vous une sen­sa­tion de vi­de ? Vous est-il im­pos­si­ble de vous ré­jouir vé­ri­ta­ble­ment ? Avez-vous dé­jà vé­cu des pé­rio­des dé­pres­si­ves ? ».

Les dé­pres­sions des Parkinsoniens re­pré­sen­tent un grand fac­teur de stress pour leurs par­te­nai­res éga­le­ment. Ils doi­vent trou­ver le jus­te mi­lieu, en­cou­ra­ger et in­ci­ter leur par­te­nai­re à s’activer sans tou­te­fois le sou­met­tre à un ef­fort ex­ces­sif. Parallèlement, ils ne doi­vent pas se met­tre com­plè­te­ment en re­trait, mais af­fir­mer leurs be­soins et leurs sen­ti­ments. Sous la pres­sion, ils peu­vent éga­le­ment fi­nir par en­trer en dé­pres­sion. S’entretenir avec des per­son­nes de confian­ce et des spé­cia­lis­tes peut ai­der à mieux s’en ti­rer.

L’aide du par­te­nai­re est d’une im­por­tan­ce ca­pi­ta­le, en par­ti­cu­lier pour la stra­té­gie non mé­di­ca­le du trai­te­ment ou de la pré­ven­tion de la dé­pres­sion. L’activité, la phy­sio­thé­ra­pie, la dis­trac­tion, les contacts so­ciaux, les jeux, la cultu­re : en cas de dé­pres­sion, tout ce­la n’a plus gran­de ef­fi­ca­ci­té. La mo­ti­va­tion du par­te­nai­re peut ac­ti­ver beau­coup de cho­ses. Le neu­ro­lo­gue Stephan Hägele le sait, « Le ra­fraî­chis­se­ment men­tal fait éga­le­ment par­tie du trai­te­ment ». « Une per­son­ne qui pra­ti­que ré­gu­liè­re­ment un sport, par exem­ple, se sent as­su­ré­ment mieux ». Dans le sport, le pa­tient contrô­le beau­coup de cho­ses et peut fai­re ce qui lui plaît. Le bien-être psy­chi­que s’en trou­ve fa­vo­ri­sé, car l’autonomie, li­mi­tée par la ma­la­die, est ren­for­cée. Malgré le pe­tit nom­bre d’études à ce su­jet, on pré­su­me que la phy­sio­thé­ra­pie ai­de à lut­ter contre les dé­pres­sions et peut contri­buer à bri­ser le cer­cle vi­cieux.

Naturellement, le trai­te­ment de la dé­pres­sion peut être mé­di­ca­men­teux. « Il s’agit avant tout d’optimiser l’ajustement do­pa­mi­ner­gi­que », re­tient M. Hägele. Pour ce fai­re, on peut avoir re­cours aux an­ti­dé­pres­seurs. Un Parkinsonien dé­pres­sif doit ce­pen­dant fai­re preu­ve de pa­tien­ce et se pré­pa­rer à l’apparition d’éventuels ef­fets se­con­dai­res avant l’action an­ti­dé­pres­si­ve. « C’est pé­ni­ble », dé­cla­re M. Hägele. L’effet du­re au moins trois se­mai­nes, par­fois plus long­temps. Il re­com­man­de vi­ve­ment de ne pas in­ter­rom­pre trop tôt, mais d’adapter la do­se pro­gres­si­ve­ment.

Les dé­pres­sions consti­tuent un symp­tô­me ty­pi­que du Parkinson, dé­cla­re M. Hägele : « Nous n’en sa­vons pas en­co­re suf­fi­sam­ment », concède–t-il. « Cependant nos pro­grès sont re­mar­qua­bles de­puis que nous ac­cor­dons une plus gran­de im­por­tan­ce à la dé­pres­sion en cas de Parkinson, qui fait l’objet de da­van­ta­ge de re­cher­ches ». Lorsque le pa­tient col­la­bo­re et par­le de ses pro­blè­mes avec son mé­de­cin, les chan­ces de vain­cre la dé­pres­sion sont gran­des. Heinz F. a ap­pris à vi­vre avec sa ma­la­die au cours d’une psy­cho­thé­ra­pie par en­tre­tien de plu­sieurs se­mai­nes. Depuis il va beau­coup mieux. Malgré ses han­di­caps, il prend de nou­veau plai­sir à vi­vre : « Je suis heu­reux que la pé­rio­de som­bre soit pas­sée ».

Lu par Jean GRAVELEAU

L’excès de fer origine du Parkinson ?

Article pa­ru dans LE PARKINSONIEN INDEPENDANT N°35 – dé­cem­bre 2008

« Limiter l’excès de fer dans les neu­ro­nes do­pa­mi­ner­gi­ques pour­rait pro­té­ger contre la ma­la­die de Parkinson ». Voilà com­ment com­men­ce le com­mu­ni­qué de l’Inserm en ré­fé­ren­ce à l’étude me­née par Etienne HIRSH, di­rec­teur de re­cher­che au CNRS, et par son équi­pe de l’unité mix­te 67. L’étude ap­pe­lée « Neurologies et Thérapeutique Expérimentale » si­gnée Inserm-UPMC (uni­ver­si­té Pierre et Marie Curie) a été pu­bliée dans la re­vue scien­ti­fi­que PNAS (Proceeding of the National Academy of Sciences) le 27 Octobre der­nier.

Il en res­sort après des tests ef­fec­tués sur des sou­ris que l’excès de fer se­rait à l’origine de la mort de neu­ro­nes. Les cher­cheurs sont par­tis du constat que les per­son­nes dé­cé­dées des sui­tes de la ma­la­die de Parkinson, com­por­tent dans leur cer­veau des neu­ro­nes conte­nant un ex­cès de fer.

Ils ont donc uti­li­sé des sou­ris pour mieux com­pren­dre le phé­no­mè­ne et ten­ter de trou­ver l’origine de ce pro­blè­me. Les re­cher­ches se sont orien­tées vers le DMT1 char­gé de trans­por­ter le fer vers le cer­veau. Pour la pre­miè­re pha­se de leurs tra­vaux ils ont in­tro­duit chi­mi­que­ment la ma­la­die de Parkinson sur des sou­ris et ont consta­té que les DMT dou­blaient et donc aug­men­taient l’arrivée de fer dans les cel­lu­les du cer­veau, un à deux jours après l’injection. Il s’en suit « un stress oxy­da­tif » en­traî­nant la mort neu­ro­na­le seule­ment cinq jours après.

Ensuite, les cher­cheurs ont in­hi­bés ces DMT1. En in­tro­dui­sant une toxi­ne pro­vo­quant la ma­la­die de Parkinson, le constat est très ex­pli­ci­te : « Les sou­ris ma­la­des chez qui ce trans­por­teur est in­hi­bé ré­sis­tent beau­coup mieux à la ma­la­die. Ces ré­sul­tats sont très concluants. Nous avons mon­tré qu’en in­hi­bant l’activité du trans­por­teur DMT1, nous pro­té­gions les ron­geurs contre la ma­la­die » in­di­que Etienne HIRSH.

Cela est donc une avan­cée qui sem­ble im­por­tan­te dans le do­mai­ne de la re­cher­che contre la ma­la­die de Parkinson.

L’INSERM rap­pel­le que « la Maladie de Parkinson re­pré­sen­te la se­con­de af­fec­tion neu­ro­dé­gé­né­ra­ti­ve après la ma­la­die d’Alzheimer ».

Lu dans INFOS.com du 31 oc­to­bre 2008

Par Françoise VIGNON

La Rasagiline : un nouvel espoir pour limiter la progression de la maladie ?

Article pa­ru dans LE PARKINSONIEN INDEPENDANT N°35 – dé­cem­bre 2008

Un ré­cent es­sai cli­ni­que sug­gè­re que la Rasagiline (Azilect) pour­rait li­mi­ter la pro­gres­sion de la ma­la­die de Parkinson.

Un es­sai cli­ni­que de pha­se III qui a été conçu pour éva­luer si la Rasagiline (com­mer­cia­li­sé sous le nom d’Azilect) pou­vait ra­len­tir la pro­gres­sion de la ma­la­die de Parkinson a mon­tré un grand suc­cès. Les pre­miers ré­sul­tats de l’étude ont in­di­qué des avan­ta­ges de la Rasagiline si le trai­te­ment est pris à un sta­de pré­co­ce de la ma­la­die. Les ré­sul­tats sont plus mi­ti­gés si le mé­di­ca­ment est pris dans les pha­ses plus avan­cées de la ma­la­die. Cela est le pre­mier es­sai cli­ni­que de cet­te en­ver­gu­re, en dou­ble aveu­gle qui mon­tre l’efficacité d’un mé­di­ca­ment qui peut frei­ner la pro­gres­sion de la ma­la­die.

La Rasagiline est un puis­sant in­hi­bi­teur ir­ré­ver­si­ble de la mo­no­ami­ne oxy­da­se de ty­pe B (MAO-B). La Rasagiline et ses ana­lo­gues font aus­si l’objet d’une étu­de pour le trai­te­ment de la ma­la­die d’Alzheimer. Selon des cher­cheurs, la Rasagiline amé­lio­re­rait aus­si la mé­moi­re et les ca­pa­ci­tés d’apprentissage. La Rasagiline pour­rait aus­si amé­lio­rer l’humeur, la mo­ti­va­tion et le dé­clin de la mé­moi­re du­rant le vieillis­se­ment.

Les si­gnes dé­cla­rés de la ma­la­die de Parkinson sont as­so­ciés à une per­te de 80% ou plus de neu­ro­nes do­pa­mi­ner­gi­ques de la sub­stan­ce noi­re du mé­sen­cé­pha­le. Certains cher­cheurs pen­sent que tout le mon­de est ame­né à dé­ve­lop­per des symp­tô­mes par­kin­so­niens si nous vi­vons as­sez long­temps. Cette hy­po­thè­se peut s’expliquer par la per­te dis­pro­por­tion­née de cel­lu­les do­pa­mi­ner­gi­ques à cha­que dé­cen­nie de no­tre vie d’adulte. L’augmentation du ca­ta­bo­lis­me de la do­pa­mi­ne est aus­si as­so­ciée au stress oxy­da­tif et à la mort neu­ro­na­le.

Les in­hi­bi­teurs de la MAO-B re­tar­dent ce pro­ces­sus, mais les mé­ca­nis­mes mo­lé­cu­lai­res de neu­ro­pro­tec­tion de la Rasagiline sem­blent être in­dé­pen­dants de l’inhibition de la MAO-B. En ef­fet, l’isomère de la Rasagiline, TVP1022, a des ef­fets neu­ro­pro­tec­teurs si­mi­lai­res mais n’est pas un in­hi­bi­teur de la MAO-B, ce qui sug­gè­re que l’effet neu­ro­pro­tec­teur de la Rasagiline n’est pas lié à la fonc­tion in­hi­bi­tri­ce de la MAO-B.

Les fac­teurs res­pon­sa­bles de l’effet du mé­di­ca­ment res­tent en­co­re à élu­ci­der. Selon des étu­des, la Rasagiline aug­men­te­rait la quan­ti­té de la pro­téi­ne de sur­vie cel­lu­lai­re BCL2 et dans le mê­me temps ré­dui­rait la quan­ti­té de mo­lé­cu­les des­truc­tri­ces com­me BAX, BAD et BIM. La Rasagiline li­mi­te­rait aus­si la per­méa­bi­li­té des mi­to­chon­dries, un si­gne pré­co­ce de la ma­la­die. De plus, des étu­des pré­li­mi­nai­res sug­gè­rent que la Rasagiline aug­men­te­rait aus­si les taux de fac­teurs neu­ro­tro­phi­ques BDNF et GDNF les­quels fa­vo­ri­sent la neu­ro­ré­gé­né­ra­tion.

En in­hi­bant la MAO-B, la Rasagiline li­mi­te le désa­mi­na­tion des deux mo­no­ami­nes que sont la do­pa­mi­ne et la phé­ne­thy­la­mi­ne, en aug­men­tant ain­si leur concen­tra­tion dans la sy­nap­se et en ré­dui­sant la pro­duc­tion des es­pè­ces oxy­gé­nées ré­ac­ti­ves. En ef­fet, de for­tes concen­tra­tions de per­oxy­de d’hydrogène sont as­so­ciées à l’augmentation du stress oxy­da­tif. Ainsi, la Rasagiline aug­men­te à la fois le ni­veau de do­pa­mi­ne dans le stria­tum (en sy­ner­gie avec la le­vo­do­pa) mais aus­si amé­lio­re la sur­vie des neu­ro­nes do­pa­mi­ner­gi­ques eux-mêmes. Cet ef­fet sal­va­teur per­met de res­ti­tuer une lo­co­mo­tion nor­ma­le et une co­or­di­na­tion des mou­ve­ments chez le pa­tient par­kin­so­nien.

Les avan­ta­ges de la Rasagiline, tant en mo­no­thé­ra­pie qu’en co-traitement avec la le­vo­do­pa, s’étendent au-delà de la res­ti­tu­tion de l’activité mo­tri­ce. La Rasagiline amé­lio­rait aus­si mo­des­te­ment la per­for­man­ce cog­ni­ti­ve et sug­gè­re un rô­le dans l’amélioration de la fonc­tion de cho­li­ner­gi­que mais dont le mé­ca­nis­me d’action res­te en­co­re obs­cur.

La Rasagiline a été d’abord syn­thé­ti­sée et dé­ve­lop­pée par le pro­fes­seur Moussa YOUDIM un cher­cheur is­raé­lien d’origine ira­nien­ne, pro­fes­seur de phar­ma­co­lo­gie à la Faculté de Médecine Technion-Rappaport d’Haïfa. Le mé­di­ca­ment est pro­duit par la com­pa­gnie phar­ma­ceu­ti­que Teva Neurosciences sous le nom de mar­que Azilect. Le 16 mai 2006, une Autorisation de mi­se sur le mar­ché (AMM) a été ac­cor­dée aux Etats-Unis à Azilect. La FDA (American Food & Drug Administration) a ap­prou­vé Azilect tant en mo­no­thé­ra­pie dans les pha­ses pré­co­ces de la ma­la­die qu’en thé­ra­pie conjoin­te à la le­vo­do­pa dans le trai­te­ment des for­mes plus avan­cées.

En Europe, Azilect est co-produit par le géant du mé­di­ca­ment da­nois Lundbeck. La Rasagiline est de­ve­nu dis­po­ni­ble au Royaume-Uni en juin 2005. D’autres pays de la com­mu­nau­té eu­ro­péen­ne ont ra­pi­de­ment sui­vi.

A ce jour en France, l’Azilect a re­çu une au­to­ri­sa­tion de mi­se sur le mar­ché mais n’est pas en­co­re dis­po­ni­ble, « fau­te d’accord sur le prix de ven­te », sou­li­gne le Panorama du Médecin.

Le pro­fes­seur YOUDIM croit que dans quel­ques an­nées nous pour­rons mé­lan­ger une cuille­rée de ce mé­di­ca­ment dans nos cé­réa­les quo­ti­dien­nes pour pro­té­ger le cer­veau des ma­la­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­ti­ves. « Peut-être à l’avenir prendrons-nous un cock­tail de com­pri­més neu­ro­pro­tec­teurs pour re­tar­der le pro­ces­sus de vieillis­se­ment lui-même ». Le pro­fes­seur YOUDIM s’avère sans dou­te très op­ti­mis­te; mais ni la sé­nes­cen­ce ni les ma­la­dies liées à l’âge ne sont in­évi­ta­bles.
En sa­voir plus : http://www.tevapharm.com/pr/2008/pr_782.asp

Dr Benoît Melchior,
La Jolla Bioengineering Institute,
La Jolla (CA) USA.

Éditorial

Article pa­ru dans LE PARKINSONIEN INDEPENDANT N°35 – dé­cem­bre 2008

Pour le der­nier nu­mé­ro de l’année, plu­sieurs lueurs d’espoir. Et puis­que c’est la pé­rio­de tra­di­tion­nel­le des ca­deaux, voi­ci le nô­tre.

La plus gran­de nou­vel­le, vous la trou­ve­rez en pa­ge 11 : des cher­cheurs ont pu met­tre en évi­den­ce la pré­sen­ce, en nom­bre im­por­tant, de si­tes – j’allais di­re de « nids » – de cel­lu­les sou­ches dans le cer­veau et qui per­met­tent le dé­ve­lop­pe­ment de « piè­ces de re­chan­ge », de neu­ro­nes, ve­nant rem­pla­cer ceux qui ont dis­pa­ru ! Nous avons là une pis­te es­sen­tiel­le pour de fu­turs trai­te­ments de la ma­la­die et non plus seule­ment de ses symp­tô­mes.

Hasard ou évi­den­ce, deux ar­ti­cles vien­nent vous pré­sen­ter à peu près les mê­mes ré­flexions sur la dé­pres­sion in­hé­ren­te à la plu­part des ma­la­dies de Parkinson. Ils in­sis­tent sur les ap­pro­ches psy­cho­lo­gi­ques aus­si im­por­tan­tes – si­non plus – que le trai­te­ment des symp­tô­mes phy­si­ques. « Accepter sa ma­la­die », s’en « ren­dre maî­tre » et ne plus en « être es­cla­ve », re­lè­ve d’une né­ces­si­té vi­ta­le pour l’avenir du pa­tient et de son en­tou­ra­ge.

Je suis ra­vi de voir cet­te ap­pro­che psy­cho­lo­gi­que de plus en plus re­te­nue par nos par­te­nai­res : le doc­teur Lallement ne dit pas au­tre cho­se dans son ex­po­sé re­pris dans cet­te re­vue. Elle me per­met aujourd’hui d’affirmer qu’il est pos­si­ble de non seule­ment « sur­vi­vre » à cet­te ma­la­die mais aus­si de la fai­re ré­gres­ser : no­tre cer­veau a des res­sour­ces in­soup­çon­nées qu’il nous faut ap­pren­dre à uti­li­ser. Je me per­mets de l’affirmer avec for­ce m’appuyant sur ma pro­pre ex­pé­rien­ce. Ceux qui me connais­sent ont pu le consta­ter et pour en ap­por­ter une preu­ve sup­plé­men­tai­re, je pré­ci­se que j’ai com­men­cé à ré­dui­re mon trai­te­ment sui­vi de­puis dé­jà pres­que 15 ans, ce­ci sans sé­quel­le ap­pa­ren­te bien au contrai­re !

Vous me par­don­ne­rez, je l’espère, cet­te al­lu­sion à mon vé­cu per­son­nel. Je ne com­prends pas tout ce qui m’arrive mais je vou­drais vous di­re à quel point j’ai le sen­ti­ment d’une ré­gres­sion de la ma­la­die et je vou­lais vous le fai­re par­ta­ger. La lec­tu­re de l’article sur les cel­lu­les sou­ches dans le cer­veau m’a ras­su­ré sur mon état men­tal : je ne rê­ve pas, je ne fan­tas­me pas. La gué­ri­son ou plu­tôt la ré­mis­sion est pos­si­ble : il suf­fit d’en trou­ver la clé. Sûrement que mon en­ga­ge­ment dans cet­te lut­te de tous les jours et les mé­tho­des di­ver­ses uti­li­sées me per­met­tent d’en ac­cé­lé­rer la ve­nue !

Je ne suis pas de­ve­nu « illu­mi­né » ni en­ga­gé dans des dé­ri­ves ir­ra­tion­nel­les ; je suis tout sim­ple­ment aujourd’hui per­sua­dé que l’on peut bat­tre sur son ter­rain la ma­la­die qui, si on n’y prend pas gar­de, nous en­va­hi et nous rend es­cla­ve – je le sais pour l’avoir vé­cu au dé­but com­me tout un cha­cun. Mais je ne veux pas don­ner de le­çon. Chacun se dé­brouille com­me il peut pour vi­vre avec son Parkinson : c’est un com­bat de lon­gue du­rée qu’il faut at­ta­quer le plus tôt pos­si­ble.

Tous mes vœux à cha­cun pour trou­ver son che­min d’espoir pour cet­te nou­vel­le an­née !

Jean Graveleau

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