Ne pas être qu'un "patient" ...

La micrographie parkinsonienne

Article paru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT n°48  –  avril 2012

Un trouble fréquent et précoce :
La micro­gra­phie est un trouble de l’écriture fréquent dans la maladie de Parkinson. Elle se carac­té­rise par une écriture qui devient de plus en plus petite à mesure que la main progresse vers la fin d’un mot ou d’une ligne. On parle parfois d’écriture en «pattes de mouche». L’écriture peut n’être que ralentie ou micro­gra­phique et rester lisible. Mais, elle peut être perturbée au point que la phrase entière devienne illisible.

Ce trouble est large­ment répandu (on cite 75% des patients Parkin­so­niens). Assez souvent, il se mani­feste préco­ce­ment, dès la phase initiale de la maladie et contribue à l’établissement du diag­nostic. On consi­dère même qu’il s’agit d’un signe précurseur !

Ses consé­quences sont variables, selon les indi­vidus et selon les profes­sions qu’ils exercent. Mais, elles ont toujours un impact négatif dans la vie sociale et la vie professionnelle.

L’écriture, une tâche complexe :
Écrire consiste à produire rapi­de­ment sur un support des carac­tères de petite taille et assez semblables. Les mouve­ments doivent être rapides et précis. En plus du tracé des carac­tères, l’écriture exige des mouve­ments pour produire des sauts de gauche à droite, permettre des retours en arrière, assurer l’accentuation, etc… Bien que le support d’écriture soit plan, cela implique que les mouve­ments engen­drant l’activité d’écriture soient dans les 3 dimensions.

Ces mouve­ments concernent donc les arti­cu­la­tions de la main, mais aussi celles du poignet, du coude et de l’épaule. L’écriture dépend aussi de la posture et des points d’appui.

L’apprentissage de l’écriture est long et complexe. Il débute chez l’enfant vers 3 ans par des gribouillages. Vers 6 ans, l’enfant commence réel­le­ment à produire des carac­tères en se contrô­lant visuel­le­ment. Ensuite, la tâche va progres­si­ve­ment s’automatiser et le contrôle visuel ne sera plus indispensable.

Les troubles de l’écriture :
Pour le Parkin­so­nien, dès le début de sa maladie, la belle écriture acquise à l’école primaire pendant son enfance, risque fort (75%) d’être perturbée!

Quels sont ces troubles de l’écriture? Ils sont très bien décrits dans un article de Medi­pedia (en colla­bo­ra­tion avec Véro­nique Locht); nous le repre­nons tel quel ci après :

« Le trouble de l’écriture le plus fréquent est la micro­gra­phie (rétré­cis­se­ment de la taille des carac­tères). Des diffi­cultés au démar­rage de l’écriture (et donc à écrire les premières lettres d’un texte) sont égale­ment signa­lées par les patients. Les groupes de lettres qui composent les mots sont souvent entre­coupés d’espaces, reflets des blocages que connaît le patient lorsqu’il écrit. Enfin, les lettres en forme de boucles posent beau­coup de problèmes aux patients atteints de la maladie de Parkinson (ex.: les ‘e’ et les ‘l’). Idem pour les ‘m’ et les ‘n’, auxquelles le patient a tendance à rajouter un ou plusieurs jambages (‘ponts’). »

La micro­gra­phie est une consé­quence des symp­tômes moteurs de la maladie de Parkinson :

  • l’akinésie (diffi­culté ou impos­si­bi­lité à bouger) rend diffi­cile l’initiation du mouve­ment, d’où les soucis au démar­rage de l’écriture.
  • la brady­ki­nésie (ralen­tis­se­ment des mouve­ments) diminue l’amplitude des lettres, ce qui provoque une réduc­tion de la taille des caractères.
  • l’hypertonie muscu­laire entrave la flui­dité de l’écriture et donc sa qualité.

Enfin, la perte des mouve­ments auto­ma­tiques parti­cipe à la dété­rio­ra­tion de l’écriture.

La réédu­ca­tion :
Tout d’abord, rappe­lons que la réédu­ca­tion de l’écriture est, au même titre que la réédu­ca­tion de la parole, de la compé­tence de l’orthophoniste (du logo­pède en Belgique).

Les ortho­pho­nistes s’accordent pour proposer aux patients des sessions inten­sives de réédu­ca­tion de 15 séances, à raison de 3 séances par semaine. Chaque séance dure 45 minutes et est complétée par des exer­cices à faire chaque jour au domi­cile. Au début de chaque session, l’orthophoniste choisit avec le patient un thème personnel moti­vant : établir et signer un chèque, écrire une carte postale pour ses petits enfants, préparer une liste de courses, etc…

Comment se déroulent les séances ? En réédu­ca­tion, l’accent est mis tout d’abord sur l’exagération de l’amplitude du mouve­ment. Le patient s’exercera à mimer dans l’espace, le tracé d’énormes 8 ou 0. Cet exer­cice sera suivi du tracé sur de grandes surfaces de courbes diverses.

Puis, le patient sera incité à retrouver la bonne hauteur des lettres en écrivant des mots courts, puis de plus en plus longs sur des supports quadrillés.

À chaque séance de réédu­ca­tion, le théra­peute donne des indi­ca­tions orales au patient parkin­so­nien. Quel est le but de cette méthode ? Rendre les mouve­ments plus volon­taires, conscients et moins auto­ma­tiques. En mémo­ri­sant ces consignes verbales et en prenant conscience des mouve­ments à réaliser, le patient saura par la suite ce qu’il doit faire pour obtenir le résultat visuel espéré.

Un trouble négligé :
Nous avons vu que :

  • La micro­gra­phie est un trouble fréquent et précoce dans la maladie de Parkinson.
  • Il s’agit d’un trouble Parkin­so­nien type par ses causes : akinésie, brady­ki­nésie, hyper­tonie, perte des auto­ma­tismes, etc.
  • La micro­gra­phie peut être soignée par des séances de réédu­ca­tion chez un orthophoniste.

Cepen­dant, nous avons pu constater que ce trouble Parkin­so­nien reste rela­ti­ve­ment confi­den­tiel. Il existe très peu de docu­men­ta­tion sur la micro­gra­phie, même dans la litté­ra­ture anglo-​​saxonne. Par ailleurs, les patients paraissent s’accommoder de ce handicap (pour beau­coup de patients, il y a des troubles plus graves!) et nous avons cru comprendre que la réédu­ca­tion de la micro­gra­phie Parkin­so­nienne était assez rare chez les ortho­pho­nistes, faute de demande des patients. Mais cela peut et doit changer !

Biblio­gra­phie (sur Internet) :

  • Acqui­si­tion et troubles de l’écriture de Pascal Zesiger
  • Maladie de Parkinson — Ecrire malgré tout ( Revue Medi­pedia et Véro­nique Locht)

Rédigé par Jean Pierre LAGADEC

2 Commentaires »

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  1. Bonjour,
    Votre article est très bien écrit sauf en quoi la réédu­ca­tion de l’écriture serait propre à l’orthophoniste? en quoi les compé­tences d’un ortho­pho­niste en anatomie de la main neuro­phy­sio­logie sont elles suffi­santes? Un ergo­thé­ra­peute ou bien un kiné­si­thé­ra­peute peut aussi travailler là dessus! L’idéla étant un travail d’équipe entreses trois profes­sion­nels si le patient a la chance d epou­voir avoir accès aux trois!
    bonne journée

    Commentaire by Panloup — 10 octobre 2012 #

  2. Bonsoir Panloup
    Merci pour votre commen­taire. Vous avez tout à fait raison de signaler que l’orthophoniste n’a pas le mono­pole de la réédu­ca­tion de l’écriture. Le kiné­si­thé­ra­peute , l’ergothérapeute , et aussi le psycho­mo­tri­cien peuvent aussi coopérer dans un travail d’équipe.
    Bonne nuit

    Commentaire by Jean Pierre Lagadec — 11 octobre 2012 #

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