Ne pas être qu'un "patient" ...

Les aspects psychologiques dans la maladie de Parkinson

Article paru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT n°49  –  juin 2012

La maladie de Parkinson fait partie des mala­dies dites neuro­dé­gé­né­ra­tives, ce qui veut dire que dans l’état actuel des connais­sances elle est incu­rable et implique donc la notion d’évolution. Cette maladie ne touche pas que des personnes âgées. Le choc du diag­nostic est encore plus impor­tant chez les jeunes (+ ou – 40 ans).

L’annonce du diag­nostic et le vécu de la maladie :
Le choc de l’annonce : Il y a encore des progrès à faire sur la manière d’annoncer le diag­nostic. De toute manière il y a un chan­ge­ment de statut : de bien portant, l’on devient malade et l’on se pose des ques­tions : pour­quoi moi ? L’on rencontre une diffi­culté à partager l’annonce : souvent il y a un refus, pour se protéger soi ou pour protéger les autres.

Aspect factuel : Aussitôt, il va il y avoir des reten­tis­se­ments dans la vie quoti­dienne, ne serait-​​ce que par la place impor­tante que va prendre le traitement.

Aspect concep­tuel : Il y un reten­tis­se­ment psycho­lo­gique qui va se traduire par de la peur, de l’angoisse, une diffi­culté à se projeter dans l’avenir. Inter­vient égale­ment la notion de handicap.

Spéci­fi­cité de la M.P., « la lune de miel »  : Elle corres­pond à une période ou l’ensemble des symp­tômes est bien géré. Elle permet d’oublier la maladie et peut être vécue comme une sorte de rémis­sion, jusqu’à ce que celle-​​ci nous rappelle à l’ordre avec l’arrivée des premières complications.

Boule­ver­se­ment psychique :
L’image du corps perturbé : Symp­tômes : trem­ble­ments, amimie, posture, marche, dysar­thrie, dyski­né­sies, blocages, perte de maîtrise ; notion de vieillis­se­ment préma­turé (image média­tisée). Comment aimer et investir un corps malade, auteur de souf­frances et de handicap ?

Le rapport au temps perturbé : Néces­sité d’envisager l’avenir diffé­rem­ment (quid des projets ?). Projec­tion de soi dans le temps plus ou moins possible, plus ou moins suppor­table. Fonc­tion­ne­ment ON/​OFF de la maladie, ralen­tis­se­ment : on devient tribu­taire des rythmes, on ne peut plus rien programmer, on n’a plus la maîtrise du temps. Impact des trai­te­ments sur la gestion du temps : notion de rigi­dité, carac­tère obses­sionnel, voire compor­te­ment addictif sur la prise des médi­ca­ments. Comment gérer le conflit de rythme ?

La ques­tion de l’identité : Qui suis-​​je devenu ? Qui vais-​​je devenir ? Devenir malade c’est faire le deuil d’être un bien portant. Apprendre à se re-​​connaître : conflit avec sa nouvelle iden­tité, retrouver des aides pour progresser dans l’acceptation de sa nouvelle image. La maladie entraîne un ébran­le­ment psychique impor­tant qui va retentir dans le réseau social.

Les méca­nismes de défense, système mis en place en tant que moyens de lutter contre quelque chose :

  • Incré­du­lité : pour­quoi moi ?
  • Colère : notion d’injustice
  • Frus­tra­tion, jalousie : senti­ment de privation
  • Peur, anxiété : varie selon les personnalités
  • Déni : refus d’admettre ou d’entendre ce qui a été annoncé
  • Culpa­bi­lité : impres­sion de devenir un fardeau, senti­ment de ne plus pouvoir assumer, décider
  • Isole­ment : tendance au repli sur soi, ne pas s’ouvrir aux autres
  • Perte de confiance en soi, d’estime de soi : travail sans cesse à recom­mencer avec les étapes de la maladie
  • Dépres­sion : souvent elle est une compo­sante de la maladie

Rappel des troubles neuro­psy­chia­triques et cogni­tifs liés à la maladie de Parkinson :
Dépres­sion, Troubles anxieux, Apathie, Anxiété anti­ci­pa­toire, Hallu­ci­na­tions, Etats maniaques, Troubles de la mémoire, de l’attention

Les réper­cus­sions sur les rela­tions :
La famille, le couple :
La protec­tion : le partage ou non du diag­nostic, du ressenti, dans le but d’épargner l’entourage, repré­sente une source de quiproquo, d’incompréhension et de souf­france. Les enfants même jeunes perçoivent ce que l’on ne leur dit pas, d’où l’importance d’être juste dans la manière d’aborder la maladie. Culpa­bi­lité : renforcée par l’angoisse de l’abandon, elle va modi­fier la vie fami­liale et conju­gale. Rema­nie­ment des rôles : la maladie entraîne un tel cham­bou­le­ment qu’elle oblige à réin­venter la place de chacun dans la famille. Impact finan­cier : avec la perte de revenu, les projets doivent être repensés. Agres­si­vité : réac­tion de défense qui va altérer la rela­tion. Comment garder sa place au sein du couple, de la famille ?

Le milieu profes­sionnel : Dire ou non la maladie ? Cacher les symp­tômes repré­sente une dépense d’énergie physique et psychique. Le statut de travailleur handi­capé : démarche diffi­cile psycho­lo­gi­que­ment, elle exige de recon­naître des inap­ti­tudes. Cessa­tion de l’activité profes­sion­nelle : souvent vécue comme une déva­lo­ri­sa­tion. Dans la société, on se défini par son travail (moyen d’identification) et la perte de celui-​​ci peut être ressenti comme une exclu­sion sociale avec un senti­ment d’inutilité.

Le milieu social : Confron­ta­tion au regard d’autrui. Senti­ment d’infériorité. Isole­ment volon­taire ou subi : rétré­cis­se­ment du réseau social et repli sur soi. Le dire aux autres revient à se le dire à soi-​​même. C’est s’enlever la possi­bi­lité de croire qu’on n’est pas malade.

Devenir « aidant » :
Boule­ver­se­ment de ses repré­sen­ta­tions : repenser la place du conjoint, redis­tri­buer les rôles respec­tifs, imaginer de nouveaux projets. Rema­nie­ment du quoti­dien : s’adapter au nouveau rythme, aux nouvelles contraintes. Gestion de l’agressivité, de la fatigue.

Conti­nuer à être « aidant » :
Savoir se préserver et ce dans la durée. Si l’aidant craque, tout l’équilibre est remis en cause. Savoir se ressourcer : trouver des espaces et des lieux à travers des rencontres et des activités.

Le rôle du psycho­logue :
Permettre la verba­li­sa­tion des émotions, des angoisses, de la souf­france.
Aider au réamé­na­ge­ment de l’identité, à la réap­pro­pria­tion de son corps.
Permettre la restau­ra­tion de l’estime de soi.
Aider à s’adapter au diag­nostic pour devenir acteur et pouvoir le partager.

En conclu­sion; il n’est pas ques­tion d’accepter la maladie qui reste inac­cep­table mais de l’admettre afin d’y faire face et de gérer au mieux le quoti­dien. Nier la réalité corres­pond toujours à une débauche d’énergie.
Résumé par Guy Seguin

5 Commentaires »

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  1. Bravo pour ce magni­fique résumé de Guy Sequin et pour sa conclu­sion.
    Elle invite à ne pas nier sa maladie, puisqu’elle existe .
    On ne peut pas faire comme si elle n’existait pas…
    La recon­naître implique tout un temps de matu­ra­tion plus ou moins long, propre à chacun, propre à son envi­ron­ne­ment fami­lial, affectif, sociétal et surtout à son propre chemi­ne­ment personnel.

    Il y a tout ce temps où, pour toutes sortes de raisons on puise, sans le savoir, dans notre réser­voir énergé­tique en inven­tant toutes sortes de stra­té­gies d’évitement pour repousser la réelle confron­ta­tion avec elle.
    Il est presque inévi­table d’en passer par là…
    Le monde n’est pas fait pour des gens « malades ».
    Et chaque maladie entraîne sa fantas­ma­gorie.
    « Parkinson » vieillis­se­ment préma­turé et tout son cortège.
    Comment ne pas déprimer avec cette réalité?
    Comment ne pas se révolter?
    Il faut bien tout un temps puiser dans ses ressources pour faire « comme si elle n’existait pas« 
      Tout le monde a peur de l’exclusion alors on s’exclut de soi-​​même en croyant garder une certaine liberté.
    Tout le monde a peur de l’abandon alors on aban­donne avant…
    Tout le monde a peur de ne plus avoir d’intérêt, d’amour, de désirs, de recon­nais­sances alors après son temps d’évitement vient le temps de retran­che­ment…
    Puis le temps de l’abattement…
    Mais tout ce temps néces­saire, inévi­table peut au contraire débou­cher sur une lueur timide au départ mais peut devenir lumière.

    Et bien ce temps là passé a cana­liser toute cette énergie pour masquer la maladie peut se trans­former et apporter un nouveau regard sur soi et sur les autres.
    Se regarder avec douceur et avec patience…
    Ainsi notre regard se tein­tera autre­ment et enlè­vera cette dureté qui nous habite…
    En étant plus doux avec soi on le devient avec les autres…
    En parlant simple­ment de son ressenti on invite les autres à parler du leur…
    C’est en trans­for­mant notre regard que notre regard change et que nous pouvons porter un regard nouveau sur la maladie…
    Elle ne deviendra plus centrale, ne néces­si­tera plus une stra­tégie de l’évitement et fera naître, en chacun, d’autres inté­rêts qu’ils igno­raient jusqu’à ce jour…
    Car l’imagination que nous avions à dissi­muler servira autre­ment et cette fois nos inté­rêts ceux qui font que nous sommes avant tout des êtres de communication.

    C’est en rencon­trant que je me rencontre, c’est en aimant que j’aime, c’est en accueillant que j’accueille.
    Merci à tous ceux qui sont en chemin pour trans­former les choses en eux malgré les malgré.
    Merci à tous ceux qui partagent simple­ment leur huma­nité ils sont devenus des sages ordinaires.

    Commentaire by Louise Beyer — 20 juillet 2012 #

  2. BRAVO, Louise, MERCI, nous devons en effet mettre en pleine lumière ce « chemin » je suis de tout coeur avec toi, et t’exprime toute ma grati­tude pour ce magni­fique commen­taire
    Annie

    Commentaire by GANDOIS — 22 juillet 2012 #

  3. Notre voyage en tant qu’individus est aussi unique que la maladie et la réponse person­nelle regimes.and médical.

    Le voyage commence au moment où vous êtes prêt à fran­chir le pas, d’autres ne le font jamais mais c’est la même chose dans la vie « ordi­naire. Si vous suceed à prendre cette étape à vivre avec MyPar­kin­sons c’est un début nouveau, d’accord pour que le plan direc­teur a besoin d’un tweek mais vrai­sem­blance, c’est que c’était proba­ble­ment depuis long­temps une révi­sion de toute façon.

    J’ai partagé une maison en taxi avec mon ami seule­ment il ya quelques mois, il a dit notre chauf­feur qu’il avait PD, un moment char­nière, après si long­temps avec une maladie, je pense qu’il J’en comp­tais ne me souviens pas de ce moment pour moi, mais c’est une tragédie que nous le retarder, mais une réponse natu­relle à isoler nous-​​mêmes et médi­ca­ments faci­lite le prétexte

    Cant devoir être forcé, mais il cache peut-​​être une farce La capa­cité de tél vient avec le temps.

    Mon ami a écrit ce

    Je vais bien

    Marcher dans ma rue secon­daire locale, mardi dernier, sur le pilote auto­ma­tique, perdu dans ses pensées sur un sujet éclate­ment de la terre comme l’état scan­da­leux de nids de poule contre la facture du whacking grande auto­rité locale pensions, tous deux financés par mes paie­ments d’impôts locaux, j’étais incons­cient du monde et aux indi­vidus de partager mon morceau de trottoir.

    « Salut à tous! Comment ça va? « Demanda une voix au-​​dessus du bruit de la circu­la­tion, des mots qui ont commencé ma sortie de mon monde inté­rieur. Une bonne claque sur l’épaule se hâta vers la sortie.

    « Bien, » répondit mon subcons­cient à haute voix en mon nom.

    J’ai pris conscience de l’identité de mon assailment comme Wee Jim le peintre, qui, sans la moindre invi­ta­tion de me rendre au-​​delà des premiers échanges de salu­ta­tions, a procédé au mono­logue sur toutes les personnes elle fouille de l’État. Il a inclus une telle vie faible, comme les chômeurs (moi), les handi­capés (moi), et les Anglais (moi). Para­noia commen­çait à s’emparer de moi.

    Comme je me tenais là n’écoutent pas Wee Jim, je médi­tais sur l’amende mot. « Comment ça va?» Ou «Comment allez-​​vous aujourd’hui? » Ou des ques­tions simi­laires sont toujours répondu par moi comme «Très bien!» Ou, si je suis dans l’humeur espiègle, je traîne les syllabes de «Fan-​​tas-​​tic! »

    Mardi dernier, j’étais loin de fan-​​tas-​​tic, les choses n’allaient pas bien et pour répondre à la salu­ta­tion Wee Jim comme «Très bien! » N’était rien de moins qu’un mensonge. Chaque membre avait douleurs aux os, je marchais lente­ment avec incer­tains, les pieds maladroits, mon discours a été pâteuse, je ne pouvais pas la petite monnaie de ma poche et j’avais envie de dormir.

    Dans la presse, d’essayer le simple fait d’acheter un journal tenu la file d’attente de gens affairés derrière moi: j’ai perdu la bataille avec ma poche essayer d’extraire une pièce de monnaie la livre, puis laissé tomber mon porte-​​monnaie qui a vidé une partie de son contenu sur le sol. L’assistant a eu l’occasion de servir certains de ses clients normaux, sains d’esprit, tout en dessous je me suis battu avec le sol pour libérer ma carte de crédit de son adhé­rence sur sol mouillé et sale. Après avoir gagné cette bataille, et extrait un billet d’une livre vingt de mon porte­feuille en prépa­ra­tion pour le paie­ment, je me levai de ma taille normale.

    L’assistant m’a ignoré et ses yeux allèrent à l’autre dans la file d’attente — qui s’est avéré être la bonne chose à faire si ce n’est pas pour les bonnes raisons. J’avais levé trop vite et souf­frait nausées et le monde deve­nait plutôt gris. En bref j’étais évanouie! (Évanouis­se­ment en public n’est pas souhai­table — croyez-​​moi — je suis allé plusieurs fois, mais laisse cela à un autre jour.).

    Heureu­se­ment, j’ai pu s’accrocher au comp­toir et éviter de s’effondrer en un tas. J’étais main­te­nant au courant de regard horrifié de l’assistant dans ma direc­tion, sans doute j’avais une drôle de couleur. Elle arracha le papier de ma main, analysé, et mets-​​la dans mon côté, avec une poignée de chan­ge­ment et la récep­tion. J’ai quitté le magasin serrant ce que je n’étais pas en état apte à reprendre le combat avec des poches.

    Donc tout s’est bien passé!

    En regar­dant en arrière, je me demande pour­quoi n’avais-je pas dit Wee Jim comment les choses allaient vrai­ment pour moi? Pour­quoi ne pas se tourner vers les personnes déte­nues par moi dans le kiosque à jour­naux et présenter des excuses pour les main­tenir en place et de leur dire que j’ai la maladie de Parkinson? Ne serait-​​il à quelque chose? Peut-​​être.

    Wee Jim pour­rait acquérir une compré­hen­sion de ce que c’est que de vivre avec PD, remettre en ques­tion ses préjugés. Sa capa­cité d’obtenir un point à travers est fort, dommage qu’il n’est pas de notre côté. J’en doute. Noel Coward défini un rustre comme toute personne qui, lorsqu’on lui a demandé comment ils étaient, a procédé à vous dire. Wise mots.

    Curieu­se­ment, après réflexion, je me sentais en faute dans les kiosques à jour­naux. Comme de nombreux Parkies, j’aime regarder « normal » — Je n’ai pas beau­coup de signes évidents, comme un trem­ble­ment. Maladroit et lent — oui. L’assistant n’était pas natu­rel­le­ment agres­sifs, proba­ble­ment juste stressé par un client diffi­cile qui était peut-​​être sous l’influence de l’alcool. Dans ces situa­tions où notre PD est la prise de contrôle, je crois que nous avons le devoir de faire savoir aux autres. Comment pouvons-​​nous espérer comprendre si on ne leur faire savoir que nous sommes loin d’être normale?

    Hey, j’ai PD, le soleil brille et aujourd’hui je me sens vrai­ment bien!

    Commentaire by christine proctor — 23 août 2012 #

  4. 21 ans « d’aidant » parkinsonien.….bien entendu : espoir, résignation,accompagnement,révolte et toujours recherche de témoi­gnages utiles et récon­for­tants.….
    merci à Louise Bayer’commentaire du22/​07/​2012″
      pour ses lignes directes, lucides et « remontantes »

    Commentaire by popo — 26 septembre 2012 #

  5. Merci Louise, merci encore.
    Oui le chemin a changé, oui l’ile nouvelle que j’aborde brille de nouveaux soleils, de partage, de maintes géné­ro­sités, de créa­ti­vité et de rebon­dis­se­ments joyeux. Malgré les malgrés ou les mal gréés, … je remonte mes voiles.
    Merci pour vos mots si chauds.

    Commentaire by Bouvret — 22 octobre 2012 #

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