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La Protéine de la Maladie de Parkinson migre du cerveau à l’estomac

Article paru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT n°68

La protéine alpha-​synucléine est l’ennemi n°1 dans la mala­die de Parkin­son. C’est elle, en effet, qui s’agrège en amas dans les neurones à dopa­mine du cerveau et les dété­riore. Ce qui provoque les symp­tômes (troubles moteurs) de la mala­die. Les premiers agré­gats d’alpha-synucléine, se forment à la base du tronc céré­bral (qui relie l’encéphale et la moelle épinière) puis remontent progres­si­ve­ment, avant de se répandre dans les diffé­rentes régions du cerveau. 

Les cher­cheurs du German Center for neuro­de­ge­ne­ra­tive Diseases (DZNE) de Bonn (Alle­magne) asso­ciés à l’Univer­sité Perdues (États Unis) ont fait une décou­verte éton­nante, publiée dans Acta Neuro­pa­tho­lo­gica& ;: l’alpha-synucléine serait aussi capable de voya­ger du cerveau jusqu’à l’estomac, et ce, via une auto­route, le nerf vague.

La diffu­sion de l’alpha-synucléine demeure encore mal connue mais des études anté­rieures ont montré qu’elle pouvait « sauter » d’un neurone à l’autre et se retrou­vait dans des organes péri­phé­riques comme l’intestin des malades. Mieux, en 2014 une équipe de l’Université de Lund (Suède) montrait que la protéine pouvait remon­ter de l’intestin vers le tronc céré­bral chez le rat. Elle emprun­tait pour cela le nerf vague, le nerf crânien reliant de nombreux organes et muscles du système cardiaque, diges­tif et respi­ra­toire. « En partant de ces obser­va­tions intri­gantes, l’hypothèse a été faite que le proces­sus patho­lo­gique sous-​jacent de la M.P. pouvait en fait débu­ter dans le trac­tus gastro-​intestinal, puis se dépla­cer vers le cerveau  » explique le Pr. Donato Di Monte, cher­cheur au DZNE, co-​auteur de l’étude.  « Notre approche actuelle a été d’observer cette trans­mis­sion longue distance dans l’autre sens, cher­chant la possi­bi­lité, que l’alpha-synucléine puisse voya­ger du cerveau à l’intestin ».

Six mois pour passer du tronc céré­bral jusqu’à l’estomac
Avec l’aide d’un vecteur viral, l’équipe a donc déclen­ché la produc­tion d’alpha-synucléine humaine dans les neurones de la partie supé­rieure du tronc céré­bral de rats. Puis elle a observé son dépla­ce­ment par l’analyse des tissus, et le voyage a lieu, sous leurs yeux. La protéine est d’abord descen­due le long du tronc céré­bral, puis a été détec­tée à l’embouchure du nerf vague. Progres­si­ve­ment, elle a migré le long des longues fibres du nerf, jusqu’à atteindre la paroi gastrique. Temps du parcours tronc céré­bral – esto­mac : six mois ! Pour­quoi cette protéine est-​elle si voya­geuse ?  « Nous n’en savons rien », répond Ronal Melki co-​auteur de la publi­ca­tion de 2014 de l’Université de Lund. « Cela peut être dû au fait qu’elle est impli­quée dans une voie de signa­li­sa­tion dont nous igno­rons tout. Cela peut aussi être du trafic passif, c’est-à-dire une protéine qui se lie à autre chose qui est acti­ve­ment trans­porté par des moteurs molé­cu­laires le long des axones  ».

Reste que l’étude alle­mande a précisé quelles fibres parti­cu­lières préfé­raient emprun­ter l’alpha-synucléine au sein du nerf vague. « Certains neurones semblent avoir une propen­sion parti­cu­lière à prendre, trans­fé­rer et accu­mu­ler l’alpha-synucléine  », souligne Donato Di Monte.  « Nous ne connais­sons pas les méca­nismes précis qui sous-​tendent ce compor­te­ment neuro­nal sélec­tif. Cepen­dant, il est probable que ces méca­nismes pour­raient expli­quer pour­quoi, certaines popu­la­tions neuro­nales et certaines régions du cerveau, sont parti­cu­liè­re­ment sensibles à la patho­lo­gie ».

Cette nouvelle donnée pour­rait avoir des impli­ca­tions inté­res­santes pour les futurs trai­te­ments qui cible­raient le blocage de la trans­mis­sion d’alpha-synucléine. Donato Di Monte, cite une étude récente qui montre que le risque de mala­die de Parkin­son a été signi­fi­ca­ti­ve­ment réduit, chez les personnes ayant subi une vago­to­mie (abla­tion du nerf vague) pour des raisons médi­cales.  « Bien sûr, nous ne préco­ni­sons pas la vago­to­mie comme trai­te­ment géné­ral de la M.P. », commente le profes­seur.  « Les études futures pour­raient toute­fois iden­ti­fier des méca­nismes spéci­fiques de trans­fert inter et intra-​neuronal d’alpha-synucléine qui pour­raient être ciblés pour le déve­lop­pe­ment de médi­ca­ments et, fina­le­ment, pour le trai­te­ment de la mala­die ».

Elena Sender relevé dans Sciences et Avenir Par Fran­çoise Vignon

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