Ne pas être qu'un "patient" ...

Un stéroïde découvert dans un requin pour attaquer la toxine Associée à la maladie de Parkinson : l’alphasynucléine.

Article paru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT n°68

Dans des modèles d’animaux, les cher­cheurs ont réussi à lutter contre l’accumulation d’une toxine asso­ciée à la mala­die de Parkin­son en utili­sant un compo­sant qu’on trouve chez une espèce de requin connue comme l’aiguillat commun.

La synthé­ti­sa­tion d’un stéroïde qu’on trouve natu­rel­le­ment chez l’aiguillat commun, une espèce de requin, empêche l’accumulation d’une protéine qui est impli­quée dans les mala­dies neuro­dé­gé­né­ra­tives selon une étude publiée sur des modèles d’animaux1. L’accumulation de cette protéine, l’alpha-​synucléine, est la signa­ture de la mala­die de Parkin­son et de la démence avec les corps de Loewi. Cela pour­rait être un nouveau compo­sant poten­tiel pour la recherche théra­peu­tique.

Les travaux, publiés dans la revue Procee­dings of the Natio­nal Academy of Sciences, ont égale­ment démon­tré que le stéroïde synthé­tisé, connu comme la squa­la­mine, a réduit la toxi­cité des amas exis­tants d’alpha-​synucléine.

Les résul­tats de l’étude précli­nique montrent que la squa­la­mine empêche et élimine l’accumulation de l’alpha-​synucléine dans les neurones en décol­lant la protéine de la paroi interne des cellules nerveuses qui est l’endroit où elle s’accroche et forme des amas toxiques. Le modèle d’animal utilisé dans cette étude, le C. elegans, est un ver néma­tode qui est modi­fié géné­ti­que­ment pour produire de l’alpha-​synucléine humaine dans ses muscles. Pendant le vieillis­se­ment de ces vers, l’accumulation de l’alpha-​synucléine dans leurs muscles provoque des dommages dans les cellules et des para­ly­sies.

« On peut voir litté­ra­le­ment que la squa­la­mine, que l’on donne orale­ment aux vers, empêche l’accumulation de l’alpha-synucléine et elle a égale­ment empê­ché la para­ly­sie muscu­laire dans les vers » selon Michael Zasloff, co-​auteur senior de l’étude et profes­seur de chirur­gie et de pédia­trie à l’école de méde­cine de l’université de Geor­ge­town.

Zasloff, un expert dans les systèmes immu­ni­taires innés, étudie la squa­la­mine depuis 20 ans. Il l’a décou­verte dans l’aiguillat commun en 1993 et il l’a synthé­ti­sée en 1995 et le proces­sus n’implique aucun tissu natu­rel du requin. Sa recherche ainsi que des travaux par d’autres cher­cheurs ont établi des proprié­tés anti­vi­rales et anti-​cancéreuses du composant.2 C’est la première étude qui suggère des bien­faits neuro­lo­giques dans des modèles in vivo de la mala­die de Parkin­son.

Dans la mala­die de Parkin­son, l’alpha-​synucléine, une protéine normale qui est présente dans le système nerveux, forme des amas toxiques qui endom­magent et détruit les neurones sur lesquels elles se forment. Il y a de nombreuses recherches pour décou­vrir des compo­sants qui empêchent la forma­tion de ces masses. Dans cette étude, les cher­cheurs ont démon­tré dans une série d’expériences in vitro que la squa­la­mine, une molé­cule char­gée posi­ti­ve­ment et possé­dant une grande affi­nité avec des membres char­gées néga­ti­ve­ment, pouvait litté­ra­le­ment expul­ser l’accumulation de l’alpha-​synucléine des membranes char­gées néga­ti­ve­ment en empê­chant ainsi la forma­tion d’amas toxiques.

Selon le Dr. Zasloff :  « On s’est concen­tré initia­le­ment sur la mala­die de Parkin­son grâce à une rela­tion claire entre le fonc­tion­ne­ment de la Squa­la­mine et la patho­phy­sio­lo­gie de la mala­die de Parkin­son. Nous pensons qu’il y a d’autres condi­tions neuro­lo­giques qui pour­raient être traité avec la Squa­la­mine, mais nos essais cliniques vont se concen­trer sur Parkin­son et les symp­tômes non-​moteur de cette mala­die. »

L’équipe a égale­ment démon­tré que la squa­la­mine pouvait proté­ger les cellules neuro­nales saines contre les dommages des masses déjà formées de l’alpha-​synucléine en les empê­chant d’adhérer à la membrane externe des cellules neuro­nales. Les cher­cheurs ont ensuite étendu leurs études à des systèmes vivants, le C. elegans, qui sont des modèles d’animaux courants dans la mala­die de Parkin­son. Zasloff conclut : « Une admi­nis­tra­tion orale de la squa­la­mine a empê­ché la forma­tion d’amas toxiques d’alpha-​synucléine dans cet animal complexe et il l’a sauvé de la para­ly­sie. Cette expé­rience montre que le méca­nisme décou­vert in vitro a réussi le résul­tat prédit dans un animal. »

L’étude de la squa­la­mine pour ses proprié­tés fait l’objet de recherches depuis plusieurs années. En 1998, une recherche suggé­rait des effets béné­fiques de la squa­la­mine pour le déve­lop­pe­ment des tumeurs dans des modèles d’animaux in vivo.3 On a égale­ment un essai clinique de phase 1 qui a mesuré la dose de toxi­cité de la squa­la­mine avec la conclu­sion que le compo­sant pour­rait servir dans les derniers stades du cancer du poumon ou des ovaires tout en respec­tant les doses de toxi­cité chez les humains. Notons que la préco­ni­sa­tion des cher­cheurs dans cette étude de 2001 concerne unique­ment sur des essais cliniques de phase 2.

Publié par Jacque­line Char­pen­tier le 17 janvier 2017 dans Science
Trans­mis par Aimé Campre­don

Sources :
1 Squa­lus acan­thias (Gray­fish). Animal Diver­sity : Consulté le janvier 13, 2017.
http ://animaldiversity.org/site/accounts/information/Squalus_acanthias.html.
2. Moore KS, Wehrli S, Roder H, et al. Squa­la­mine : an aminos­te­rol anti­bio­tic from the shark. “Procee­dings of the Natio­nal Academy of Sciences.” 1993;90(4):1354 – 1358. Doi : 10.1073/pnas. 90.4.1354
3. Squa­la­mine Inhi­bits Angio­ge­ne­sis and Solid Tumor Growth in Vivo and Perturbs Embryo­nic Vascu­la­ture Cancer Research. Cancerres. Consulté le janvier 16, 2017 :
 http ://cancerres.aacrjournals.org/content/58/13/2784.
4. Bhar­gava P., Marshall J., Dahut W., et al. A phase I and phar­ma­co­ki­ne­tic study of squa­la­mine, a novel anti­an­gio­ge­nic agent, in patients with advan­ced cancers. Clin Cancer Res. 2001 ;7(12) :3912 – 3919. [PubMed]

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