Ne pas être qu'un "patient" ...

Chronobiologie médicale Chronothérapeutique

paru dans Le Parkin­so­nien Indé­pen­dant n° 16 — mars 2004

De Alain E. Reinberg

Paru chez Flam­ma­rion édition « Médecine – science »

Il nous a semblé impor­tant de signaler cette publi­ca­tion, rééditée en avril 2003, qui fait le point sur une disci­pline récente et encore peu utilisée dans les pratiques théra­peu­tiques et pour­tant combien perti­nente pour nous les malades atteints de la maladie de Parkinson.

En effet, il est démontré, dans ce recueil d’expériences, les diffé­rents rythmes circa­diens et circan­nuels qui président à l’élaboration des hormones indis­pen­sables à notre orga­nisme qui est en perpé­tuelle recherche d’équilibre chimique. Car, écrit l’auteur, « l’équilibre en biologie est la fin des échanges, autre­ment dit l’équilibre est syno­nyme de la mort ».

Pour exemple, il reprend le rythme veille sommeil (rythme circa­dien ) et constate que les diffé­rentes phases se traduisent par une élabo­ra­tion ou au contraire une mise en repos des hormones néces­saires à notre vie active.

Quant au rythme circan­nuel , les statis­tiques démontrent que les saisons sont effi­cientes sur les taux de morbi­dité ou de morta­lité de la popu­la­tion : on meurt plus en hiver et les mala­dies sont plus vives dans cette saison. La grippe n’existe pratique­ment qu’en automne ou en hiver.

L’auteur cherche donc à utiliser l’information qu’apporte le rythme de certains symp­tômes pour donner les moyens au clini­cien de répondre à cette ques­tion : « A quelle heure dois-​​je prendre mon médi­ca­ment ? » tout en dénonçant l’imprécision et la « stupi­dité des trois fois par jour »

« L’optimisation résul­tant du choix de l’heure d’administration du médi­ca­ment permet d’en augmenter les effets désirés ou d’en réduire les effets non désirés » (page 76 A. Rein­berg chapitre sur la chronopharmacologie).

Il étudie égale­ment les effets du travail posté (les trois huit) ou le déca­lage horaire lié au dépla­ce­ment par avion. Ainsi, il est, semble-​​t-​​il, majo­ri­tai­re­ment plus facile d’ajuster son orga­nisme dans le sens Paris/​ New York que l’inverse. On peut asso­cier à ces problèmes de déca­lage horaire ou d’horaires décalés : les troubles du sommeil (insomnie ou endor­mis­se­ment brutal), la fatigue, l’humeur ou le compor­te­ment, les troubles diges­tifs, l’usage abusif de somnifères.

Tout cela pour démon­trer qu’il n’est pas indif­fé­rent de tenir compte de ces rythmes biolo­giques aussi bien annuels que journaliers.

Il cherche ainsi à « définir la chro­no­thé­rapie et préciser ses but. A savoir :
 –  Restaurer l’organisation tempo­relle altérée par la maladie ;
 –  Augmenter l’efficacité et la tolé­rance du trai­te­ment par le choix éclairé de l’heure d’administration du trai­te­ment ;
 –  Montrer que cette opti­mi­sa­tion, fondée sur l’étude des rythmes circa­diens, peut être étendue aux rythmes ultra­diens et annuels ;
 –  Utiliser l’information qu’apporte le rythme de certains symptômes. »

Le chapitre 20 de cette publi­ca­tion, rédigé par le profes­seur B. BRUGUEROLLE de la Faculté de Méde­cine de Marseille, est consacré à la maladie de Parkinson. Il méri­te­rait d’être cité dans son intégralité.

En effet, il se donne pour « objec­tifs :
 –  de décrire les prin­ci­pales varia­tions circa­diennes des processus physio­pa­tho­lo­giques impliqués dans la maladie de Parkinson ;
 –  d’analyser les bases chro­no­bio­lo­giques et chro­no­phar­ma­co­lo­giques
 –  de dégager l’intérêt d’une approche chro­no­bio­lo­gique du trai­te­ment en propo­sant des axes de recherche pour une chro­no­thé­rapie de la maladie. »

Il compare ainsi les fluc­tua­tions circa­diennes du méta­bo­lisme de la dopa­mine, de la régu­la­tion des récep­teurs et de la varia­tion phar­ma­co­ci­né­tique des médi­ca­ments et les argu­ments cliniques qui les accom­pagnent : fluc­tua­tions motrices diurnes, aggra­va­tion de fin de journée, dysau­to­nomie, troubles du sommeil, modi­fi­ca­tions de la régu­la­tion thermique.

Disci­pline récente – elle a moins de 30 ans –, encore peu connue des spécia­listes pour ne pas dire rejetée par certains, elle a le mérite de poser de vraies ques­tions et d’apporter des réponses qui peuvent nous donner récon­fort et perfor­mances accrues de nos cock­tails chimiques.

C’est pourquoi, dans l’esprit de cette revue, nous avons tenu à promou­voir ces recherches. Certes l’œuvre est diffi­cile d’approche, touffue, truffée de réfé­rences et de résul­tats de recherches, elle mérite cepen­dant de béné­fi­cier d’une véri­table publi­cité : il s’agit, nous en sommes persuadés, d’une piste impor­tante pour notre avenir de malades au même titre que les inno­va­tions chimiques.

Compte rendu proposé par Jean GRAVELEAU

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