Ne pas être qu'un "patient" ...

Le resvératrol au secours des neurones qui dysfonctionnent

Paru dans Le Parkin­so­nien Indé­pen­dant n° 21 – juin 2005

L’équipe Avenir de l’INSERM coor­donnée par Chris­tian NERI vient de montrer que l’activation de certaines enzymes – déjà connues pour leurs effets protec­teurs vis-​​à-​​vis du stress cellu­laire et impli­quées dans la longé­vité – protège la cellule neuro­nale de la toxi­cité induite par la hunting­tine, la protéine de la maladie de Huntington.

Ces résul­tats ont été possibles grâce à l’approche origi­nale utilisée par les cher­cheurs, fondée sur l’étude de deux modèles animaux complé­men­taires : le ver Caeno­rhab­ditis elegans sur lequel des tests in vivo ont été effec­tués, et la souris dont une caté­gorie de neurones situés dans le cerveau ont été analysés in vitro.

Ce travail est publié dans la revue Natura Gene­tics.

Le néma­tode C. elegans a été utilisé comme modèle trans­gé­nique car il faci­lite le suivi in vivo – notam­ment au plan géné­tique – des effets neuro­naux induits par les substances à tester. Les cher­cheurs de l’INSERM se sont inté­ressés au poten­tiel neuro­pro­tec­teur de certaines enzymes, les sirtuines, qui régulent l’activité des protéines cibles en enle­vant des grou­pe­ments acétyles (un arran­ge­ment parti­cu­lier de quelques atomes d’oxygène, de carbone et d’hydrogène) de certains acides aminés (les compo­sants des protéines).

Par ce méca­nisme, les sirtuines augmentent les défenses contre le stress cellu­laire. Les cher­cheurs montrent en parti­cu­lier que l’activation de ces enzymes via le resvé­ra­trol – une molé­cule chimique présente dans le raisin – conduit à une moindre toxi­cité dans les cellules neuro­nales qui expriment une forme mutée de la huntingtine.

Les résul­tats obtenus par Chris­tian NERI et son équipe montrent que l’effet neuro­pro­tec­teur chez le ver C. elegans passe par une cascade de réac­tions qui débute par l’activation des sirtuines par le resvé­ra­trol, entraî­nant celle des facteurs de trans­crip­tion de type FOXO. Ces derniers inter­viennent pour leur part, en bout de chaîne, sur l’expression d’un large ensemble de gènes parti­cu­liè­re­ment impli­qués dans la résis­tance au stress et à la longévité.

Le resvé­ra­trol, composé à l’origine de ces réac­tions en chaîne, fait partie de la famille des poly­phé­nols. Cette molé­cule était connue pour son fort pouvoir anti­oxy­dant, évoqué comme l’un des ingré­dients respon­sable du « French para­doxe » (note 1.). La stimu­la­tion des sirtuines est un autre aspect des propriétés de cette molé­cule. Le pouvoir anti­oxy­dant du resvé­ra­trol est-​​il en partie la consé­quence de l’activation des sirtuines ? D’autres inves­ti­ga­tions sont néces­saires sur ce point.

L’importance des sirtuines et des facteurs de trans­crip­tion FOXO fait actuel­le­ment l’objet de nombreuses études, en lien avec leur rôle dans la résis­tance géné­rale de la cellule au stress, et dans la longévité.

Le travail publié ce jour par les cher­cheurs de l’INSERM suggère pour la première fois que la stimu­la­tion de la résis­tance des neurones au stress par l’intermédiaire des sirtuines, pour­rait conduire à des trai­te­ments pour les mala­dies neuro­dé­gé­né­ra­tives comme la maladie de Huntington.

Pour en savoir plus, Contact avec le cher­cheur :
Chris­tian NERI Tel. : 01.40.78.86.52. neri@broca.inserm.fr

Transmis par Jean GRAVELEAU

Note 1. : Le « para­doxe fran­çais » : des études sérieuses ont démontré que la consom­ma­tion raison­nable de vin, rouge en parti­cu­lier, avait un effet théra­peu­tique indé­niable sans doute lié au tanin et aux phénols.

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