Ne pas être qu'un "patient" ...

Les problèmes de vue des parkinsoniens

Article paru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT n°42 – septembre 2010

Par Iris Reckert, orthop­tiste, dans le «  Parkin­son Suisse  » de juin 2010

De nombreux parkin­so­niens souffrent de troubles de la vision tels que la baisse de la sensi­bi­lité aux contrastes, la séche­resse oculaire ou la diplo­pie gênante. Heureu­se­ment, des solu­tions effi­caces existent pour la plupart des problèmes.

Les problèmes de vue et les troubles de l’acuité visuelle ne sont pas rares en cas de Parkin­son : en effet, la mala­die exerce égale­ment une influence sur diffé­rents facteurs oculaires.

Les défauts des verres à foyer progres­sif.
Pour qu’ils garan­tissent une vue nette, les verres doivent être parfai­te­ment polis. En effet, la partie supé­rieure des verres sert pour la vue de loin et la partie infé­rieure, pour la lecture. Si les lunettes ne sont pas ajus­tées, si le regard « glisse » ou si le port de tête est incliné, la direc­tion du regard dans la zone optique du verre corres­pon­dant est alté­rée et la vue devient floue. Ce problème est renforcé quand (indé­pen­dam­ment de la forme du verre et de la monture des lunettes) la zone de lecture des verres à foyer progres­sif est petite ou très basse. Les yeux doivent alors « cibler » plus préci­sé­ment pour que le regard se dirige exac­te­ment dans la zone des verres desti­nés à la lecture.

L’orthoptiste est formelle. C’est ce problème qui perturbe le patient. En effet, chez lui, comme c’est souvent le cas chez les parkin­so­niens, le port de tête et la tenue se sont alté­rés au fil des années et la direc­tion du regard n’est plus adap­tée aux lunettes à foyer progres­sif.

Alter­na­tive confor­table : les lunettes de lecture supplé­men­taires
Pour le soula­ger, l’orthoptiste lui recom­mande d’acheter des lunettes spéci­fiques à la lecture. Ces dernières ne corrigent pas seule­ment la vue de près ; le verre présente la même inten­sité de correc­tion sur toute la surface. De cette manière, la vue du patient est toujours nette quand il lit, quelle que soit la zone du verre dans laquelle il regarde. Il peut se détendre : il ne doit plus se concen­trer sur la direc­tion de son regard ou sur son port de tête.

En outre, il peut utili­ser ses lunettes à foyer progres­sif en tant que lunette « à tout faire », pour se prome­ner, travailler sur son ordi­na­teur ou égale­ment pour lire rapi­de­ment des textes brefs tels qu’une facture ou un menu au restau­rant. Quand il souhaite se plon­ger dans le jour­nal ou bouqui­ner, la solu­tion la plus confor­table reste toute­fois les lunettes de lecture.

Diplo­pie et troubles de la coopé­ra­tion des deux yeux
Certains carac­tères « glissent » d’abord les uns sur les autres, puis le patient voit tout en double, notam­ment quand il lit des textes plus longs ou travaille sur l’ordinateur. Ce sont des troubles de la mobi­lité et de la coopé­ra­tion des deux yeux qui sont à l’origine de ce phéno­mène.

Si cette coopé­ra­tion des yeux est pertur­bée par la mala­die de Parkin­son, les patients voient double. La plupart du temps, la diplo­pie est perçue comme plus gênante que les troubles de la mobi­lité oculaire, égale­ment fréquente en cas de Parkin­son. Ainsi, de nombreux parkin­so­niens ne s’aperçoivent pas que souvent, ils ne peuvent plus dépla­cer leurs yeux suffi­sam­ment loin vers le haut ou que les mouve­ments de leur regard sont ralen­tis et en partie déré­glés.

Invo­lon­tai­re­ment, de nombreux parkin­so­niens déplacent trop peu leurs yeux. Par ailleurs, ils clignent rare­ment des yeux (ce proces­sus est incons­cient, il se mani­feste surtout lors des travaux qui exigent de la concen­tra­tion). Le regard devient alors « fixe » et immo­bile ; le réflexe de cligne­ment n’a pas lieu. Ce manque de mouve­ment des yeux inhibe les commandes de correc­tion invo­lon­taires du cerveau et les petits défauts visuels sont mani­festes. La posi­tion des yeux est mauvaise – la diplo­pie fait son appa­ri­tion.

De légères modi­fi­ca­tions du compor­te­ment visuel s’avèrent effi­caces. Quand le patient lit, il cligne forte­ment des yeux à la fin de chaque page et effec­tue un bref va-​et-​vient du regard. Quand il travaille sur ordi­na­teur, il modi­fie égale­ment son regard, le laisse vaga­bon­der de temps en temps par la fenêtre et ne reprend qu’ensuite la lecture de l’écran. De cette manière, les yeux reçoivent suffi­sam­ment d’impulsions pour leur coopé­ra­tion. Quand de temps en temps, le jour­nal se dédouble, il sait ce qu’il doit faire : regar­der ailleurs, cligner des yeux avec vigueur et « cibler » à nouveau.

Quand la diplo­pie persiste
Malheu­reu­se­ment, au cours de l’évolution progres­sive de la mala­die de Parkin­son, des défauts visuels provo­quant une diplo­pie persis­tante, notam­ment de près, peuvent se mani­fes­ter. Il s’avère alors néces­saire de consul­ter un orthop­tiste. Ce dernier mesure la posi­tion des yeux et adapte un prisme. Les prismes sont des verres qui déplacent l’image de manière ciblée, afin de corri­ger la dévia­tion des axes visuels. Ainsi, l’anomalie de conver­gence de la paire oculaire est compen­sée et les patients voient à nouveau correc­te­ment. La plupart du temps, un prisme provi­soire est collé sur des lunettes normales pour une phase d’essai. Une fois que le prisme opti­mal a été trouvé, il peut être inté­gré aux lunettes dans la limite d’un certain nombre de diop­tries.

La lampe de lecture opti­male
« Plus les problèmes de vue sont marqués, plus il est impor­tant que l’éclairage soit correct ». Cette formule s’applique tout parti­cu­liè­re­ment aux parkin­so­niens. En effet, la carence en dopa­mine a égale­ment des réper­cus­sions sur la rétine ou sur les influx nerveux entre la rétine et le cortex visuel. On remarque notam­ment un affai­blis­se­ment de la sensi­bi­lité au contraste. Ainsi les patients observent souvent un effa­ce­ment tempo­raire des carac­tères en lisant. Dans ce cas, une lampe à lumière froide (à écono­mie d’énergie) apporte une aide effi­cace. Ces lampes assurent un éclai­rage parti­cu­liè­re­ment riche­ment contrasté du texte, de sorte que les impré­ci­sions dans la percep­tion deviennent moins gênantes.

Sèche­resse oculaire – un problème qui n’a pas lieu d’être
Les patients parkin­so­niens sont très souvent concer­nés par ce phéno­mène gênant. D’une part, la compo­si­tion de leur liquide lacry­mal n’est pas opti­male, d’autre part on suppose que la mala­die porte atteinte à l’« horloge interne » du cligne­ment d’yeux. C’est la raison pour laquelle les parkin­so­niens cillent moins souvent. Le film lacry­mal de l’œil sèche. Peuvent en décou­ler des irri­ta­tions au niveau des yeux, une inflam­ma­tion de la conjonc­tive et un excès de larmes incon­trôlé. Dans ce cas, les larmes « arti­fi­cielles » sous forme de gouttes oculaires peuvent s’avérer utiles. Celles-​ci doivent abso­lu­ment être dépour­vues d’agents conser­va­teurs. Ces derniers peuvent provo­quer des réac­tions d’intolérance et sont donc contre-​indiqués dans le cadre d’une appli­ca­tion régu­lière.

Problèmes visuels d’origine médi­ca­men­teuse
Certains anti­par­kin­so­niens peuvent avoir des réper­cus­sions néga­tives sur la percep­tion optique. Les médi­ca­ments dopa­mi­ner­giques peuvent ainsi déclen­cher des hallu­ci­na­tions visuelles (percep­tion d’éléments qui n’existent pas). Dans ce cas, l’assistance d’un neuro­logue expé­ri­menté est requise. Certains anti­cho­li­ner­giques peuvent être à l’origine d’une dila­ta­tion des pupilles. Contre la sensi­bi­lité à la lumière qui en résulte, le port de lunettes à verres tein­tés s’avère utile.

Pour conclure : problème connu est problème vaincu
Les troubles de la vision et les problèmes de lunettes concernent de nombreux parkin­so­niens. Il faut faire exami­ner ses problèmes par un spécia­liste. Il existe des solu­tions effi­caces pour nombre d’entre eux : entre­te­nir sa mobi­lité oculaire grâce à des exer­cices, cligner consciem­ment et souvent des yeux, se faire ajus­ter une nouvelle paire de lunette, utili­ser une lampe à lumière froide. Ainsi on lit en toute quié­tude et on retrouve le plai­sir de lire son jour­nal quoti­dien.

Problèmes et solu­tions

  • Sèche­resse oculaire : utili­sez des substi­tuts lacry­maux sans agents conser­va­teurs, clignez acti­ve­ment des yeux plus fréquem­ment
  • Diffi­cul­tés pendant la lecture : veillez à ce que l’éclairage soit opti­mal (lampe à lumière froide), utili­sez des lunettes spéciales.
  • Diplo­pie : cillez beau­coup, dépla­cez acti­ve­ment les yeux plus souvent, éven­tuel­le­ment faites vous ajus­ter des lunettes à prisme.
  • Eblouis­se­ment : portez des lunettes de soleil ou mettez des verres solaires sur des lunettes normales. Quand le soleil est haut, portez un chapeau à larges bords

Conseils géné­raux :

  • Faites régu­liè­re­ment contrô­ler vos yeux par un ophtal­mo­lo­giste
  • Décrivez-​lui les problèmes et mention­nez abso­lu­ment que vous souf­frez du Parkin­son
  • Si vous voyez double, demandez-​lui un bilan orthop­tique
  • Indi­quez préci­sé­ment à l’opticien pour quelle acti­vité vous souhai­tez des lunettes

Lu par Jean GRAVELEAU

6 Commentaires Cliquer ici pour laisser un commentaire

  1. c’est quoi un bilan orthop­tique A quoi ça sert

    Commentaire by yves suming — 5 septembre 2020 #

  2. J’ai des trouble de vision Je dois consul­ter un ophtalmo
    Que je dois lui expli­quer

    Commentaire by suming yves — 5 septembre 2020 #

  3. Cet article m’a fort inté­ressé car depuis quelques temps, j’éprouve des diffi­cul­tés crois­santes à lire sans vision doublée ou trouble.
    Spon­ta­né­ment, je réagis en dimi­nuant la fente des paupières.
    Avec des résul­tats réels mais pas vrai­ment déci­sifs.
    Préci­sion : je porte des lunettes à verres progres­sifs.

    Commentaire by Marcel Lenoble — 23 novembre 2017 #

  4. Très heureuse d’avoir pu prendre connais­sance de cet article.
    En effet j’ai la mala­die de parkin­son et des problèmes oculaires depuis qqs mois.
    Je peine à lire, vois double et ai une séche­resse oculaire.
    La visite en clinique chez l’oph­talmo puis chez l’or­thop­tiste les ont conduit à me dire qu’il n’y avait aucun lien avec le parkin­son que je devais avoir un stra­bisme depuis l’en­fance et que. La seule solu­tion était une opéra­tion !!!
    Je vais appro­fon­dir ce sujet et vais consul­ter quel­qu’un d’autre.…

    Commentaire by Simon — 12 mai 2017 #

  5. Dans le cas de mon fils c’est l’exa­men qui pose soucis à cause évide­ment de sa tête qu’il ne peux plus rele­ver donc machine inap­pro­priée, je dois chan­ger ses lunettes. Un peu perdue je suis.

    Commentaire by ghysnathan — 7 mai 2016 #

  6. Merci beau­coup pour ces expli­ca­tions, ils nous sont d’une grande utilité.….. Merci

    Commentaire by flower — 23 mai 2015 #

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