Ne pas être qu'un "patient" ...

La France est leader mondial dans la recherche et la lutte contre la maladie de Parkinson (Dr Etienne Hirsch)

Article pa­ru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT n°59

Maladie de Parkinson : des pro­grès pro­met­teurs
En France, on dé­nom­bre 120 000 per­son­nes souf­frant de la ma­la­die de Parkinson et 9 000 nou­veaux cas par an. La plu­part des trou­bles sont liés à la dé­gé­né­res­cen­ce de la sub­stan­ce noi­re (voir sché­ma). Ce qui pro­vo­que un dé­fi­cit de 50% à 70% de do­pa­mi­ne (mo­lé­cu­le es­sen­tiel­le au contrô­le du mou­ve­ment), à l’origine du ra­len­tis­se­ment des ges­tes, de rai­deurs, trem­ble­ments, per­te de la dex­té­ri­té ma­nuel­le, trou­bles de la mar­che et dé­pres­sion. « Il n’y pas une mais des ma­la­dies de Parkinson, in­sis­te le Dr Etienne Hirsch, cher­cheur spé­cia­lis­te en neu­ros­cien­ces. Si 10% sont d’origine gé­né­ti­que, 90% n’ont pas de cau­se iden­ti­fiée, mê­me si l’on soup­çon­ne des fac­teurs en­vi­ron­ne­men­taux », com­me les pes­ti­ci­des.

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Améliorer le diag­nos­tic pré­co­ce
Outre les si­gnes cli­ni­ques pré­dic­tifs de la ma­la­die (as­so­cia­tion de trou­bles du som­meil et du tran­sit in­tes­ti­nal avec un dé­fi­cit de l’olfaction), l’imagerie cé­ré­bra­le par DAT-scan pour­rait aus­si fa­vo­ri­ser les diag­nos­tics pré­co­ces mais en cas de dou­te cli­ni­que seule­ment. Des mar­queurs bio­lo­gi­ques sont à l’étude pour diag­nos­ti­quer, un jour, la ma­la­die à par­tir d’une seule pri­se de sang, ci­blant la pro­téi­ne al­pha­sy­nu­cléi­ne. Dans sa for­me anor­ma­le, cet­te der­niè­re se pro­pa­ge d’un neu­ro­ne à l’autre, al­té­rant len­te­ment de gran­des ré­gions du sys­tè­me ner­veux.

Expérimenter un trai­te­ment qui ré­duit le fer
La pré­sen­ce d’une sur­char­ge fer­ri­que lo­ca­li­sée dans le cer­veau des pa­tients par­kin­so­niens est dé­sor­mais connue et no­tam­ment dé­mon­trée par l’équipe du Dr Hirsch. Elle exa­cer­be le stress oxy­da­tif, en par­tie à l’origine de la dé­gé­né­res­cen­ce des neu­ro­nes. L’étude d’innovation thé­ra­peu­ti­que, pi­lo­tée par le Dr David Devos, neuro-pharmacologue, en par­te­na­riat avec des équi­pes na­tio­na­les et in­ter­na­tio­na­les, sus­ci­te beau­coup d’intérêt. Elle fait ap­pel au dé­fé­ri­pro­ne, une mo­lé­cu­le ché­la­tri­ce (at­tra­peu­se) de fer. Ce mé­di­ca­ment ré­duit ce der­nier à ses fonc­tions bé­né­fi­ques – oxy­gé­na­tion du sang des cel­lu­les et des mus­cles – si l’on en di­mi­nue la quan­ti­té. « Un pre­mier es­sai cli­ni­que sur 40 ma­la­des a mon­tré que ce trai­te­ment était ca­pa­ble de ra­len­tir la des­truc­tion des neu­ro­nes et la pro­gres­sion du han­di­cap. D’autres étu­des sont né­ces­sai­res pour dé­mon­trer de ma­niè­re dé­fi­ni­ti­ve l’intérêt thé­ra­peu­ti­que, avec une au­to­ri­sa­tion de mi­se sur le mar­ché (AMM) d’ici 5 à 10 ans » pro­jet­te le Dr Devos. Son équi­pe a ré­pon­du à un ap­pel d’offres de la Commission eu­ro­péen­ne (Horizon 2020) en vue de fi­nan­cer une étu­de eu­ro­péen­ne de pha­se 3 (in­cluant 338 pa­tients) fin 2014, des­ti­née à va­li­der ce trai­te­ment. En at­ten­dant, pa­tien­ce, car au­cun ma­la­de ne peut ac­tuel­le­ment en dis­po­ser.

Ralentir la mort neu­ro­na­le
Le Dr Hirsch et l’équipe thé­ra­peu­ti­que ex­pé­ri­men­ta­le de la ma­la­die de Parkinson tra­vaillent à fai­re en sor­te que les lym­pho­cy­tes, pro­tec­teur du sys­tè­me im­mu­ni­tai­re, n’attaquent pas les neu­ro­nes sur­char­gés en pro­téi­nes al­pha­sy­nu­cléi­ne. « Le pro­jet est d’identifier ces mé­ca­nis­mes au ni­veau des vais­seaux plu­tôt que d’agir sur le cer­veau, avec un ho­ri­zon thé­ra­peu­ti­que à dix ans. » Des trai­te­ments, voi­re des vac­cins, vi­sant à em­pê­cher l’agrégation de cet­te pro­téi­ne sont à l’étude en Autriche.

Corriger les trou­bles de l’équilibre
Associés à des dé­rè­gle­ments psy­chi­ques, ils consti­tuent un ris­que vi­tal pour les Parkinsoniens. A par­tir d’une IRM fonc­tion­nel­le, l’équipe du Dr Hirsch a réus­si à lo­ca­li­ser les ré­gions cé­ré­bra­les im­pli­quées dans ces trou­bles, grâ­ce à l’étude de non-malades ima­gi­nant qu’ils mar­chaient. « Nous avons ain­si vi­sua­li­sé un pe­tit noyau du cer­veau (noyau pe­don­cu­lo­pon­tin) qui s’active lors de la mar­che ima­gi­nai­re », ex­pli­que le neu­ro­bio­lo­gis­te. L’analyse de cer­veaux « don­nés » du vi­vant par des pa­tients par­kin­so­niens dé­cé­dés a per­mis de prou­ver que « la mort neu­ro­na­le dans le noyau de su­jets chu­tant pou­vait être res­pon­sa­ble des trou­bles de l’équilibre ». Sont en cours des es­sais de sti­mu­la­tion cé­ré­bra­le pro­fon­de, par in­tro­duc­tion d’électrodes dans le noyau pe­don­cu­lo­pon­tin de pa­tients. Pour des ré­sul­tats pré­vus d’ici à trois ans.

Apporter la do­pa­mi­ne par des gènes-médicaments
Le Pr Stéphane Palfi, neu­ro­chi­rur­gien, tra­vaille de­puis 1998 sur une thé­ra­pie gé­ni­que. Le but : « Apporter au pa­tient la do­pa­mi­ne qui lui man­que en ac­ti­vant les en­zy­mes né­ces­sai­res à sa syn­thè­se. » La thé­ra­pie uti­li­se un vi­rus na­tu­rel « désar­mé », et donc in­of­fen­sif, char­gé de trans­por­ter trois gènes-médicaments qui co­dent les en­zy­mes im­pli­qués dans la bio­syn­thè­se. Ce vec­teur vi­ral est in­jec­té dans le stria­tum (voir sché­ma ci-dessous), qui, à par­tir des in­for­ma­tions sen­so­riel­les (vue, tou­cher, etc.), adap­te le mou­ve­ment au contex­te. « Les neu­ro­nes qui n’étaient pas com­pé­tents pour fa­bri­quer de la do­pa­mi­ne se met­tent alors à en pro­dui­re », consta­te le Pr Palfi.

Depuis 2008, un es­sai est me­né au­près de 15 pa­tients (12 au CHU Henri-Mondor de Créteil, et 3 au­tres à l’hôpital Addenbrooke de Cambridge). « Les ré­sul­tats pu­bliés en jan­vier 2014 sont en­cou­ra­geants. D’une part, par­ce que nous avons consta­té une bon­ne to­lé­ran­ce de ce ty­pe de vec­teur (à gros­se ca­pa­ci­té de trans­port, 3 gè­nes), avec six ans de re­cul sur les pre­miers pa­tients trai­tés. D’autre part, par­ce que l’essai a mon­tré une amé­lio­ra­tion des symp­tô­mes mo­teurs chez tous les ma­la­des. » Avec un vec­teur lé­gè­re­ment mo­di­fié afin d’accroître la sé­cré­tion de do­pa­mi­ne, l’équipe du Pr Palfi a pour ob­jec­tif d’augmenter les do­ses pour plus d’efficacité sur les symp­tô­mes de la ma­la­die et de di­mi­nuer en pa­ral­lè­le la pri­se de do­pa­mi­ne par voie ora­le. Dès 2015, une di­zai­ne de pa­tients de­vraient être in­clus dans les pha­ses sui­van­tes des étu­des bio­mé­di­ca­les, puis une soixan­tai­ne en France, en Europe et aux Etats-Unis. Objectif : dis­po­ser d’un mé­di­ca­ment de trans­fert de gè­nes à l’horizon 2020.

Pleine Vie, oc­to­bre 2014
Lu par Jean Claude Moraines

1 Commentaire Cliquer ici pour laisser un commentaire

  1. Enfin une re­cher­che qui ci­ble une des cau­ses des syn­dro­mes Parkinsoniens , mais sans ou­blier qu’il faut ac­com­pa­gner cet­te thé­ra­pie avec une ali­men­ta­tion très saine(sans pes­ti­ci­des, sul­fi­tes , ajouts d’additifs, anti-oxigènes, les sta­bi­li­sants, l’irradiation des ali­ments, OGM ex­cès de cal­cium ani­mal, etc.) pour ne plus conta­mi­ner no­tre cer­veau.
    Car cet­te pa­tho­lo­gie  » que je dé­cris gé­né­ri­que » PARKINSON n’est pas une MALADIE! mais un EMPOISONNEMENT! Provoqué par ce qui est évo­qué ci des­sus que tout le mon­de connait ain­si que les com­por­te­ments in­di­vi­duels à ris­ques, al­cool, dro­gues etc..
    JCP, par­kin­so­nien sta­bi­li­sé de­puis que j’ai com­pris ce­ci. KENAVO!

    Commentaire by PREVOST Jean Claude — 12 mars 2016 #

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