Ne pas être qu'un "patient" ...

Interview du professeur Allain

paru dans Le Parkin­so­nien Indé­pen­dant n° 6 — septembre 2001
Rennes le 6 septembre 2001

En 1972 son inté­rêt pour la phar­ma­co­lo­gie et sa forma­tion de neuro­logue, le conduisent à s’intéresser aux inci­dences des nouvelles molé­cules de type L-​DOPA qui viennent soula­ger la mala­die de Parkin­son.

Il crée le premier centre en France de « neuro­phar­ma­co­lo­gie » à Rennes 1 sur les mala­dies neuro­dé­gé­né­ra­tives (suivront Toulouse puis main­te­nant Lille) : une inter­face entre le médi­ca­ment et le cerveau.

En tant que chef de labo­ra­toire, il se pose la ques­tion : Pour­quoi telles cellules spéci­fiques disparaissent-​elles plus rapi­de­ment que les autres (les cellules dopa­mi­ner­giques par exemple) ? Quelles sont les inci­dences des médi­ca­ments sur les mala­dies dégé­né­ra­tives (Parkin­son, Alzhei­mer) ?. Il étudie ainsi chez l’homme la phar­ma­co­lo­gie clinique.

En 1988, il décide la créa­tion d’un centre annexe de recherche appli­quée pour la mise au point de médi­ca­ments : l’entreprise BIOTRIAL qui occupe aujourd’hui 150 sala­riés. Il s’agit de la mise en pratique de la théo­rie déve­lop­pée dans le centre de neuro­phar­ma­co­lo­gie en colla­bo­ra­tion avec des indus­triels. Suivant le prin­cipe fran­çais de non-​ingérence entre le public et le privé, il n’en retire aucune rému­né­ra­tion.

Le troi­sième volet de son action passe par l’information la plus large possible : il est ainsi le seul labo­ra­toire euro­péen qui diffuse sur Inter­net ses résul­tats et dont le site est ouvert gratui­te­ment à tout public . Il travaille en rela­tion avec les services cliniques de la région.

Son action se situe donc dans trois domaines complé­men­taires : la recherche pure, la recherche appli­quée et l’information du public, inter­ac­tive dans la mesure où son site permet de poser les ques­tions qui inté­ressent les utili­sa­teurs.
Ainsi de la théo­rie : « Quelle substance va permettre d’éviter la dispa­ri­tion des cellules » ?
On passe à la pratique de la neuro­pro­tec­tion : les agonistes dopa­mi­ner­giques qui vont ralen­tir ou arrê­ter la mort des cellules concer­nées et leur utili­sa­tion doit être très précoce par rapport aux molé­cules de L-​DOPA.

1 – Opti­mi­sa­tion des médi­ca­ments

L’entreprise BIOTRAL travaille sur l’amélioration de l’optimisation des médi­ca­ments : par exemple des médi­ca­ments comme le TRIVASTAL, le COMTAN, le CELANCE, le PERGOLIDE ont de grosses varia­tions d’effets suivant les personnes. Il faut donc cher­cher à en opti­mi­ser les effets en déter­mi­nant la « Bio dispo­ni­bi­lité » du médi­ca­ment : l’amener en quan­tité suffi­sante au bon endroit.

On va donc travailler sur les « vecteurs de trans­port » et sur de nouvelles formes de prise (le Patch cutané par exemple).

Faisant partie de l’agence du médi­ca­ment, le profes­seur ALLAIN a un rôle de « shérif » dans la mise en œuvre des nouvelles molé­cules : la sécu­rité d’emploi du médi­ca­ment (ainsi des accès de sommeil provo­qués avec le REQUIP) et l’analyse du risque.

2 – Amélio­rer les effets sur la Cogni­tion

On constate que l’amélioration liée à la prise de L-​DOPA améliore égale­ment la mémoire, le raison­ne­ment, en un mot la Cogni­tion. Ainsi l’akinésie pour­rait être défi­nie comme une perte de mémoire de la commande de mouve­ment. Il s’agit de mala­dies soma­tiques : les substances agis­sant sur la pensée auto­nome et inver­se­ment. Le mouve­ment peut être recons­ti­tué par une « modé­li­sa­tion » et « robo­ti­sa­tion ».

Ainsi, la recherche se pour­suit sur la notion de « circuit ». Il existe des rela­tions entre les cellules : les synapses mais égale­ment des « micro- circuits » en quelque sorte semblables aux puces de nos ordi­na­teurs. Il suffi­rait donc d’implanter des micro- puces pour amélio­rer les méca­nismes de notre cerveau.

Ceci pose de nombreuses ques­tions. Ainsi dans les cours expo­sés sur le site un chapitre est consa­cré à la Bioé­thique et la Neuro­phi­lo­so­phie. L’homme bionique est envi­sa­geable pour demain : les recherches en robo­tiques (le chien japo­nais AIBO par exemple) nous inter­rogent sur les méca­nismes de la pensée.

Mais on peut dire que la Pensée a besoin de la Méca­nique du cerveau : sans elle (la perte de quelques neurones, de quelques circuits), elle ne peut pas se former.

L’avenir de la recherche passe donc par des tech­niques très complexes, d’avant-garde, autour de la robo­tique, de la bio-​industrie. C’est pour­quoi des contacts sont pris avec les ingé­nieurs des Grandes Ecoles.

Pour conclure, le profes­seur ALLAIN insiste sur le fait qu’un cher­cheur ne doit pas rester dans la recherche pure mais toujours aller vers l’application. Ainsi depuis trente années qu’il pratique, il est l’homme d’une idée qu’il cherche à appli­quer.

Il regrette la compé­ti­tion malsaine qui ressort de l’indigence des moyens consa­crés à la recherche par les pouvoirs publics et qui obligent chacun à se valo­ri­ser ou dépré­cier ses « concur­rents » pour subsis­ter.

Dans quelles direc­tions les progrès vont-​ils se faire sentir ?

A court terme, on va opti­mi­ser l’existant en travaillant sur les trai­te­ments à donner pour éviter les compli­ca­tions : c’est ainsi le cas des agonistes dopa­mi­ner­giques.

A moyen terme, la recherche se tourne vers les produits « cyto­pro­tec­teurs » afin d’empêcher la mort des cellules. Il s’agit de comprendre le programme inscrit dans la cellule qui déclenche son auto­des­truc­tion et de lui four­nir un programme en rempla­ce­ment qui la retar­dera : il s’agit de théra­pie génique qui intro­duit des modi­fi­ca­tions à l’intérieur de la cellule. Le combat est le même pour la mala­die de Parkin­son que pour la mala­die d’Alzheimer, véri­tables mala­dies neuro­dé­gé­né­ra­tives.

A plus longue échéance, il s’agit des recherches sur les « micro- circuits » actuel­le­ment pour­sui­vies en robo­tique. Même si cela paraît surpre­nant, il ne faut oublier l’aspect méca­nique de notre cerveau et des inci­dences incon­tes­tables que les lésions provoquent sur la Cogni­tion des indi­vi­dus.

Inter­view réali­sée par Jean GRAVELEAU

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