Ne pas être qu'un "patient" ...

Que faire en cas de rupture de stock de médicaments ?

Article paru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT n°62

Le nombre de médi­ca­ments en rupture de stock augmente forte­ment depuis quelques années. Les offi­cines s’inquiètent comme les malades de la rupture de stock de médi­ca­ments. Début août, un phar­ma­cien de Clamart (Hauts-​de-​Seine) vient de mettre en demeure son four­nis­seur et les labo­ra­toires pour qu’ils règlent cette situa­tion ingé­rable et préju­di­ciable pour les malades et le secteur phar­ma­ceu­tique ; il estime que ces pénu­ries relèvent d’un « dysfonc­tion­ne­ment orga­nisé ».

Qu’il s’agisse de rupture de stock (coté fabri­cant) ou d’approvisionnement (chez le phar­ma­cien), il est de plus en plus fréquent de ressor­tir les mains vides de la phar­ma­cie : « Il nous manque en perma­nence plusieurs dizaines de produits, et les choses ne vont pas en s’améliorant », constate Carine Wolf, phar­ma­cienne et prési­dente de l’Ordre des phar­ma­ciens de Seine-​Maritime. 55% des Fran­çais disent avoir été confron­tés au problème, selon un sondage Ipsos-​Observatoire socié­tal du médi­ca­ment de février 2014, y compris pour des trai­te­ments dont l’interruption pose de vrais problèmes médi­caux. Anti-​infectieux, chimio­thé­ra­pie contre le cancer, trai­te­ment hormo­naux ou neuro­lo­giques … Des centaines de médi­ca­ments sont indis­po­nibles chaque année sur le marché fran­çais (et aussi chez nos voisins euro­péens), en ville comme à l’hôpital, et parfois cela dure long­temps.

Pour­quoi ces ruptures de stocks ?

  1. Un marché devenu très vaste :
    D’abord en raison de l’organisation du système de soin au niveau mondial. La matière première vient majo­ri­tai­re­ment d’Asie et la plupart des médi­ca­ments ne sont plus fabri­qués désor­mais sur le terri­toire fran­çais, ou même euro­péen, mais en Chine et en Inde. Nous sommes donc dépen­dants des aléas de produc­tion en Asie. Si l’offre dimi­nue, par manque de matières premières (comme cela a été le cas pour les extraits thyroï­diens) ou par défaut dans la produc­tion (pour un vaccin, par exemple), il n’est plus possible de livrer tout le monde dans les temps.
  2. Un marché trop tendu :
    La produc­tion se fait à flux tendu. Or il faut comp­ter de quelques semaines à plus d’un an entre la commande et la livrai­son d’un médi­ca­ment. Il suffit que la demande augmente dans un autre pays, ou que sur notre terri­toire un trai­te­ment concur­rent soit indis­po­nible pour que, méca­ni­que­ment, les stocks s’effondrent.
  3. La prime au marché le plus juteux :
    Il arrive que certains arrêts de fabri­ca­tion soient « program­més » par des labo­ra­toires qui jugent certains médi­ca­ments « pas assez rentables ». Une sorte de mesure de rétor­sion inavouée après la baisse de prix d’un trai­te­ment par exemple. Les gros­sistes sont alors tentés de privi­lé­gier le marché qui rapporte le plus, dans un pays voisin – compre­nez celui où le médi­ca­ment est vendu le plus cher. « La loi de santé qui vient d’être votée inter­dit d’ailleurs aux gros­sistes d’exporter des médi­ca­ments « d’intérêt théra­peu­tique majeur » dont les stocks sont insuf­fi­sants et c’est une bonne chose », note Eric Baseillac, direc­teur des affaires écono­miques et inter­na­tio­nales du Leem (les entre­prise du médi­ca­ment).

Que faire quand ça nous arrive ?

  1. S’informer pour savoir s’il s’agit d’un problème ponc­tuel ou durable :
    Les phar­ma­ciens disposent d’un « dossier phar­ma­ceu­tique de rupture » qui recense et explique les ruptures de stock. L’ANSM (l’Agence natio­nale de sécu­rité du médi­ca­ment et des produits de santé) indique sur son site, un certain nombre de rupture d’approvisionnement. C’est encore insuf­fi­sant selon la revue « Pres­crire » qui réclame davan­tage d’informations en direc­tion des patients et des méde­cins, et une mobi­li­sa­tion des pouvoirs publics, les seuls à pouvoir obli­ger les firmes à anti­ci­per ces ruptures de stock et à propo­ser des alter­na­tives.
  2. Contour­ner la pénu­rie en utili­sant une molé­cule équi­va­lente
    Le phar­ma­cien, en accord avec le méde­cin pres­crip­teur, recherche une alter­na­tive. Les produits de substi­tu­tion dispo­nibles à un moment précis deman­de­ront parfois d’adapter les doses ou la poso­lo­gie du nouveau médi­ca­ment. Pensez à indi­quer la tota­lité des trai­te­ments que vous prenez pour éviter les risques d’interactions médi­ca­men­teuses et signa­lez tout effet indé­si­rable au phar­ma­cien ou au méde­cin sans tarder.
  3. Even­tuel­le­ment se tour­ner vers l’hôpital ou un pays voisin pour trou­ver une solu­tion de rempla­ce­ment.
    Il arrive que rien ne marche. L’exemple le plus criant aujourd’hui est l’absence de Manta­dix, ce trai­te­ment indis­pen­sable aux malades de Parkin­son, indis­po­nible depuis des mois. Avec des consé­quences très néga­tives sur l’état de santé des malades qui n’ont pas réussi à avoir accès aux trai­te­ments de rempla­ce­ment … Eux aussi en rupture de stock !!

Article d’Agnès Duper­rin et Isabelle Duran­ton du 20/​04/​15 modi­fié le 10/​08/​15
et relevé dans « Notre Temps Santé ».
Par Fran­çoise Vignon

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