Ne pas être qu'un "patient" ...

Le tiers : la personne de confiance s’immisce dans la consultation. Les enjeux de la communication avec un tiers

Article paru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT n°62

La présence d’une personne de confiance, d’un tiers, lors d’une consul­ta­tion, est avant tout un droit. La « loi Kouchner»(1) précise que « toute personne majeure peut dési­gner une personne de confiance qui peut être un parent, un proche ou le méde­cin trai­tant, et qui sera consul­tée au cas où elle-​même serait hors d’état d’exprimer sa volonté et de rece­voir l’information néces­saire à cette fin. Si le malade le souhaite, la personne de confiance l’accompagne dans ses démarches et assiste aux entre­tiens médi­caux afin de l’aider dans ses déci­sions ».

L’intrusion de ce tiers change cepen­dant la donne dans la rela­tion médecin-​patient. Pour être fluide, la commu­ni­ca­tion doit être indi­vi­duelle. Or, en présence d’une tierce personne, elle devient plurielle. La nature même de la commu­ni­ca­tion s’en trouve remise en cause. Il existe une parade. « Placer de manière systé­ma­tique le patient au centre de la rela­tion théra­peu­tique reste néces­saire sans pour autant reje­ter la parole du proche, en la prenant au contraire en compte et même en la susci­tant », tempère le docteur Alain Campan, spécia­liste en commu­ni­ca­tion médi­cale, expert au sein de l’AFML*.

Des écueils à éviter
Pour autant, il ne s’agit aucu­ne­ment de lais­ser la fille, le fils, le conjoint, la mère… occu­per toute la place. Souvent, le tiers se pose en porte-​parole, vu que s’exprimer à la place de la personne fait partie des attri­bu­tions de la famille. Dans d’autres cas, le mari ou l’épouse peut être natu­rel­le­ment anxieux ou en souf­france en ce qui concerne la mala­die et/​ou l’avenir du couple. Cette commu­ni­ca­tion non verbale doit donc être prise en compte par le méde­cin pour gérer au mieux sa consul­ta­tion. Il s’agira aussi, autant que possible, d’éviter d’ignorer le proche lorsqu’il s’exprime, ou de le remettre bruta­le­ment à sa place. « Pas ques­tion non plus d’infantiliser le patient dans la consul­ta­tion, sous prétexte qu’il vient accom­pa­gné, ou d’adopter cette atti­tude avec son proche, en plaçant l’un en état de régres­sion par rapport à l’autre. Mieux vaut accor­der une place égale aux deux inter­lo­cu­teurs », conseille le Dr Campan. Bref, la vigi­lance s’impose.

Respec­ter la personne de confiance
Lorsque la personne de confiance(2) s’exprime, le méde­cin devra la prendre en consi­dé­ra­tion en lui répon­dant par une formule du style « je comprends que vous soyez préoc­cupé ». Et si ce dernier pose des ques­tions, y répondre mais, tout de suite après, s’adresser au patient en le solli­ci­tant pour lui deman­der ce qu’il en pense. Si un méde­cin inter­roge le patient et que la tierce personne répond à sa place, il suffira souvent de le reca­drer de façon ferme, mais bien­veillante en quelques mots comme je vais écou­ter ce que dit votre femme ou votre fille (en l’occurrence le patient), c’est impor­tant que je l’écoute”».

Mais il n’est pas toujours aisé de « voir le patient seul, lorsqu’il vient en couple ou accom­pa­gné d’un de ses parents si c’est un adoles­cent. Mieux vaut alors s’appuyer sur la déon­to­lo­gie médi­cale, sur le secret médi­cal ; il ne faut pas hési­ter à le mettre en avant pour deman­der au tiers de se reti­rer un moment dans la salle d’attente, et d’aller le cher­cher avant la fin de la consul­ta­tion », pour­suit le spécia­liste en commu­ni­ca­tion médi­cale.

Cet échange, seul à seul, pourra donner l’occasion au méde­cin de deman­der au malade s’il préfère reve­nir, à la prochaine consul­ta­tion, seul ou bien accom­pa­gné. Car le patient n’osera pas forcé­ment expri­mer ses désirs. Ce sera donc au méde­cin de poser la ques­tion. En consul­ta­tion, un prin­cipe reste immuable : parler en présence du malade même si c’est d’Alzheimer. Autre geste symbo­lique à respec­ter : remettre l’ordonnance au patient, même très malade, et non à la personne de confiance. Dans ces cas-​là, la présence du proche se révé­lera très utile car le patient ne sera pas capable de comprendre et de rete­nir toutes les infor­ma­tions dispen­sées par le méde­cin. Mais, même dans ces situa­tions, le malade reste au centre de la consul­ta­tion.

Réfé­rence :
(1) Loi n° 2002-​303 du 4 mars 2002 rela­tive aux droits des malades et à la qualité du système de santé, Art. L. 1111 – 7 du Code de la santé publique.
(2) Conseil natio­nal de l’Ordre des méde­cins. Dr Irène Kahn-​Bensaude. La personne de confiance. Rapport adopté lors de la session du CNOM du 8 octobre 2010.

Lu dans le Quoti­dien du Méde­cin par Renée Dufant

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