Ne pas être qu'un "patient" ...

En médecine, ils apprennent en jouant la comédie

Article paru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT n°66

Futurs neuro­logues ou géné­ra­listes, des étudiants s’entraînent à recon­naître des syndromes neuro­lo­giques en incar­nant la mala­die. Nous avons suivi ces exer­cices de « méde­cine réalité » inédits.

Amphi­théâtre Char­cot – hôpi­tal de la Pitié Salpê­trière. Pour leur examen, des étudiants en méde­cine ont joué les patients, mimant des symp­tômes de mala­die comme Parkin­son ou Alzhei­mer. Chaque équipe a tiré au sort un trouble neuro­lo­gique à incar­ner.

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La femme titube, s’accroche aux personnes à proxi­mité pour éviter de tomber. Elle a aussi des nausées. Pour le commun des mortels, il s’agit d’une femme qui a trop bu. Pour ces étudiants en troi­sième année de méde­cine, c’est la mani­fes­ta­tion clinique d’un syndrome vesti­bu­laire, que l’on retrouve notam­ment chez des patients qui souffrent d’une sclé­rose en plaques. Cette scène se dérou­lait mercredi dans l’amphithéâtre Char­cot à l’hôpital de la Pitié-​Salpêtrière (Paris XIII) à l’occasion d’un examen final plutôt cocasse, tran­chant avec l’austérité de ce haut lieu de la neuro­lo­gie.

Comé­diens d’un jour
Des étudiants de la faculté de méde­cine Pierre-​et-​Marie Curie se sont en effet trans­for­més en patients, et donc en comé­diens d’un jour, pour mimer des symp­tômes de mala­dies touchant le cerveau, comme Parkin­son ou Alzhei­mer. Plusieurs équipes de ces appren­tis méde­cins ont ainsi défilé devant un jury de chefs de clinique qui avait préa­la­ble­ment tiré au sort un trouble neuro­lo­gique à incar­ner. Leur mission ? Dési­gner la meilleure pres­ta­tion, ça vous rappelle une télé­réa­lité ? C’est normal, l’exercice est calqué sur le prin­cipe de ces émis­sions. Sauf que cette « méde­cine réalité » ne s’appelle pas « The Voice » mais « The Move », une méthode d’apprentissage inédite de la neuro­lo­gie (The Move est une méthode d’enseignement fondée sur le mime et des saynètes de simu­la­tions ludiques et inter­ac­tives).

Après deux années « pilotes », ce concept inno­vant et les résul­tats promet­teurs de sa mise en appli­ca­tion viennent d’être publiées dans la « Revue Neuro­lo­gique ». Toute l’année, les étudiants se sont entraî­nés pour ce grand jour de finale.

L’enseignement n’était pour­tant pas obli­ga­toire mais il a fait le plein à chaque séance. Dans l’amphi, 150 d’entre eux sont venus concou­rir ou soute­nir leur équipe lors de cet événe­ment qui mettait un terme au projet pour cette année. Le tirage au sort a parlé : ce sera la crise d’épilepsie pour cette autre équipe.

Ni une ni deux, le scéna­rio se met en place et l’un des étudiants s’écroule et convulse. Son cama­rade se met à hurler, provo­quant l’hilarité géné­rale « Y a-​t-​il un exor­ciste dans la salle ?» Il frétille comme un pois­son. « Oh non ! Il vient de bouf­fer sa langue !» Derrière la blague, un enjeu. Celui du vieillis­se­ment de la popu­la­tion et de l’augmentation prévue du nombre de personnes atteintes de mala­dies neuro­lo­giques. « Dans quelques années, les neuro­logues ne pour­ront pas s’occuper de tous les malades, en tout cas pas aussi régu­liè­re­ment », annonce le profes­seur Emma­nuel Flamand-​Roze, profes­seur à la faculté de méde­cine Pierre-​et-​Marie-​Curie, neuro­logue à la Pitié-​Salpêtrière, et l’homme à l’origine du concept ‘The Move’. D’autres méde­cins, comme les géné­ra­listes, devront aussi accom­pa­gner ces patients, repé­rer les signes, être à l’aise avec eux ».

Un grand nombre d’étudiants ont la « trouille » devant eux
En effet, parmi ces jeunes appren­tis méde­cins, beau­coup choi­si­ront une autre voie que celle de la neuro­lo­gie. Et être à l’aise avec ce type de malade est loin d’être une évidence, ça tombe bien. « The Move » n’est pas seule­ment une aide au diag­nos­tic, c’est aussi un dispo­si­tif pour « apprendre le savoir-​être » avec ces patients.

Un grand nombre d’étudiants « ont la ‘trouille’ devant eux », recon­naît le méde­cin. « Cette neuro­pho­bie existe d’ailleurs partout dans le monde. Les étudiants en méde­cine consi­dèrent que l’examen neuro­lo­gique est compli­qué à mener et que les mala­dies neuro­lo­giques sont les plus diffi­ciles à appré­hen­der ». Que pensent les étudiants de cette initia­tive ? « Ça nous aide à être plus systé­ma­tique, à ne pas oublier des points lors de l’examen clinique », explique Manon, membre de l’équipe gagnante et qui se destine juste­ment à la neuro­lo­gie. « Toute­fois, nous ne sommes pas mis en situa­tion. Lorsqu’on sera devant de vrais patients et leur propre façon d’agir, on verra …»

Article de Chris­tine Mateus dans « Le Pari­sien » du 27/​05/​16
Lu par Fran­çoise Vignon

1 Commentaire Cliquer ici pour laisser un commentaire

  1. Pour vrai­ment servir de cas d’école » même théâ­trale » dans cette article sans avoir recours réel­le­ment aux patients touchés par les patho­lo­gies en causes en neuro­lo­gie j’espère qu’ils ont appris avec un bon scéna­riste !
    Dans le premier exemple on peu croire égale­ment aux symp­tômes de Ménière!..
    Et puis si ils ont la trouille , que dire des patients eux même et
    j ‘ajoute aussi des démi­neurs de la sécu­rité civile!!!

    Ouais ! je sais ce que vous pensez, je vais peut être chan­ger mon pseudo en » FRONDEUR »
    Salu­ta­tions à tous

    Commentaire par limery — 18 octobre 2016 #

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