Ne pas être qu'un "patient" ...

Le système neurovégétatif et Parkinson

Article paru dans LE PARKINSONIEN INDÉPENDANT n°67

Je viens de vivre une période de doutes et d’interrogations sur mon état de santé. En effet, les résul­tats de mes analyses sanguines et urinaires n’étaient pas parti­cu­liè­re­ment posi­tifs (manque de fer, baisse de tension arté­rielle), le tout lié à une grande fatigue, des essouf­fle­ments frisant la crise d’asthme… Comme dans la même période j’avais subi une rapide perte de poids (12kg en moins d’un an), le tableau ne semblait pas très brillant et je pouvais imagi­ner le pire. Sans parler du moral qui était parti­cu­liè­re­ment bas.

C’est alors que mon géné­ra­liste m’a fait faire toute une batte­rie d’analyses (copro­cul­ture, colo­sco­pie, endo­sco­pie, scan­ner…) auprès d’un spécia­liste de l’oncologie diges­tive.

Mes craintes se sont avérées nulles et non avenues : tous les résul­tats se sont révé­lés néga­tifs. Il n’y avait rien à craindre sur mon système diges­tif qui est en parfait état de fonc­tion­ne­ment (sauf pour la consti­pa­tion toujours présente !). Mais je n’avais pas de réponse sur ce qui avait motivé mes inquié­tudes.

C’est alors que je me suis souvenu d’une réflexion enten­due lors d’une confé­rence du Profes­seur Derkin­de­ren, neuro­logue en rela­tion avec l’INSERM Nantes spécia­lisé sur le système diges­tif : il n’est pas juste de dire que Parkin­son n’atteint pas du tout le système neuro­vé­gé­ta­tif contrai­re­ment à ce que l’on affirme parfois. Dans certaines circons­tances, il peut être concerné par la mala­die !

Je me suis donc inté­ressé à nos systèmes nerveux –nous en avons trois– et à leur rapport à la mala­die de Parkin­son, tout parti­cu­liè­re­ment à propos du système neuro­vé­gé­ta­tif. Si celui-​ci est plus auto­ma­tique que les deux autres et qu’il fonc­tionne sans que nous en ayons conscience, il n’empêche que l’évolution de la mala­die a des inci­dences sur son fonc­tion­ne­ment et cela peut entraî­ner des effets gênants.

Défi­ni­tion de nos systèmes nerveux( 1)

  • Système nerveux central consti­tué du cerveau et de la moelle épinière.
  • Système nerveux soma­tique compre­nant les nerfs spinaux qui arrivent et partent de la moelle épinière. Ces nerfs ache­minent l’information qui provient ou qui va vers les muscles, la peau et les arti­cu­la­tions. Cette partie du système nerveux comporte aussi les nerfs crâniens qui permettent la connexion entre le système nerveux central à diffé­rentes parties de la tête, du cou et des organes internes. Il inter­vient dans le contrôle volon­taire des mouve­ments (fibres effé­rentes) et dans la percep­tion des stimuli externes (fibres affé­rentes).
  • Le Système nerveux auto­nome appelé aussi système nerveux végé­ta­tif. Nous allons en préci­ser le fonc­tion­ne­ment et les inci­dences avec la mala­die de Parkin­son.
  • Physio­lo­gie du système nerveux auto­nome :
    Il contrôle les organes internes du corps. Il est consti­tué de deux parties : le système nerveux sympa­thique et le système nerveux para­sym­pa­thique. Il s’agit de deux systèmes qui fonc­tionnent en oppo­si­tion l’un par rapport à l’autre. En effet, l’un stimule l’organisme en le prépa­rant à une action, l’autre repose en quelque sorte l’organisme.

    Le système nerveux végé­ta­tif, est un système qui permet de régu­ler diffé­rentes fonc­tions auto­ma­tiques de l’organisme (diges­tion, respi­ra­tion, circu­la­tion arté­rielle et veineuse, pres­sion arté­rielle, sécré­tion et excré­tion). Les centres régu­la­teurs du système nerveux végé­ta­tif sont situés dans la moelle épinière, le cerveau et le tronc céré­bral (zone loca­li­sée entre le cerveau et la moelle épinière).

    Il comprend : le système nerveux para­sym­pa­thique (ralen­tis­se­ment géné­ral des organes, stimu­la­tion du système diges­tif). Il est asso­cié à un neuro­trans­met­teur : l’acétylcholine. Le système nerveux sympa­thique, ou ortho­sym­pa­thique, corres­pon­dant à la mise en état d’alerte de l’organisme et à la prépa­ra­tion à l’activité physique et intel­lec­tuelle. Il est asso­cié à l’activité de deux neuro­trans­met­teurs : la nora­dré­na­line et l’adrénaline (dila­ta­tion des bronches, accé­lé­ra­tion de l’activité cardiaque et respi­ra­toire, dila­ta­tion des pupilles, augmen­ta­tion de la sécré­tion).

    L’hypothalamus est la zone du cerveau qui coor­donne le système nerveux sympa­thique. Le système nerveux para­sym­pa­thique est divisé en deux parties : L’une prend nais­sance à l’intérieur du tronc céré­bral (juste au-​dessus de la moelle épinière) et a pour rôle d’assurer l’innervation du visage, du cou, du thorax et de l’abdomen. L’autre qui nait de la corne laté­rale de la moelle épinière sacrée (S2 à S5) donne nais­sance à des nerfs qui se distri­buent aux organes pelviens (et dont les contrac­tions peuvent provo­quer certaines diffi­cul­tés à uriner ou à défé­quer).

    Le système nerveux végé­ta­tif, ou si l’on préfère neuro­vé­gé­ta­tif, assure l’innervation des muscles lisses (qui ne sont pas sous le contrôle de la volonté) des vais­seaux et des viscères, et des glandes exocrines (à sécré­tion externe) et endo­crine (dont la sécré­tion s’effectue à l’intérieur de la circu­la­tion sanguine). Le système nerveux végé­ta­tif assure égale­ment l’innervation d’une partie des cellules paren­chy­ma­teuses (tissu fonc­tion­nel d’un organe).

    Ce système nerveux permet de contrô­ler l’ensemble des fonc­tions végé­ta­tives du corps humain et de régler le milieu inté­rieur par un phéno­mène que l’on appelle homéo­sta­sie. L’homéostasie est la faculté que possèdent tous les êtres vivants de main­te­nir et de réta­blir les para­mètres physio­lo­giques.

    Il agit entre autres sur la concen­tra­tion du sang, de la lymphe (liquide clair, blan­châtre, parti­cu­liè­re­ment riche en protéines et en lympho­cytes et qui circule dans les vais­seaux lympha­tique), la pres­sion arté­rielle, la tempé­ra­ture, la circu­la­tion, la respi­ra­tion, la sécré­tion, l’ouverture ou la ferme­ture des pupilles, le rythme cardiaque etc. Ceci indé­pen­dam­ment des modi­fi­ca­tions du milieu exté­rieur.

    Le nom de système auto­nome vient du fait que l’action de ce système nerveux est indé­pen­dante de la volonté. L’influx nerveux prove­nant du système nerveux végé­ta­tif n’a pas une action directe sur l’organe en ques­tion. Les ordres prove­nant du système nerveux auto­nome parviennent à l’organe innervé par le système sympa­thique, par l’intermédiaire de substances chimiques qui sont libé­rées au niveau des termi­nai­sons nerveuses. Il s’agit des média­teurs chimiques.

    L’acétylcholine est un média­teur chimique des neurones prégan­glion­naires sympa­thique et para­sym­pa­thique mais égale­ment des neurones post­gan­glion­naires para­sym­pa­thiques et des neurones sympa­thiques inner­vant les glandes sudo­ri­pares. Ce neuro­mé­dia­teur est fabri­qué à partir de la choline et de l’acétate par les neurones para­sym­pa­thiques et par les neurones sympa­thiques prégan­glion­naires. L’acétylcholine est emma­ga­si­née dans de minus­cules vési­cules synap­tiques et sa libé­ra­tion se fait au moment de la dépo­la­ri­sa­tion ( 2) de la cellule.

    Les caté­cho­la­mines sont d’autres neuro­mé­dia­teurs utili­sés entre autres par le système nerveux auto­nome. Il s’agit de la noré­pi­ne­phrine, un média­teur chimique des neurones sympa­thiques post­gan­glion­naires et de l’épinephrine qui est libé­rée dans le sang par la glande médullo-​surrénale après le contrôle des fibres choli­ner­giques du système sympa­thique. Les neuro­mé­dia­teurs caté­cho­la­mines sont fabri­qués à partir de la tyro­sine qui est stockée dans de minus­cules vési­cules égale­ment au niveau de la médullo-​surrénale et à l’intérieur des termi­nai­sons des fibres nerveuses des nerfs sympa­thiques. Sa libé­ra­tion s’effectue de même au moment de la dépo­la­ri­sa­tion de la cellule.

    Que se passe-​t-​il quand survient Parkin­son ?
    Le cerveau est l’organe chargé du contrôle des proces­sus corpo­rels, qu’ils soient conscients ou non (la diges­tion, par exemple, n’est pas un proces­sus conscient). Les diffé­rentes parties du cerveau se répar­tissent le contrôle des diverses fonc­tions. En règle géné­rale, les proces­sus réflé­chis sont pris en charge par le cerveau propre­ment dit et les proces­sus auto­ma­tiques régis par le tronc céré­bral et le cerve­let.

    Or ce qui relève du proces­sus réflé­chi est direc­te­ment concerné par la perte des neurones dopa­mi­ner­giques provo­quée par la mala­die de Parkin­son et réagit donc aux trai­te­ments prévus à cet effet.

    Par contre, tout le système auto­ma­tique déve­loppé ci-​dessus, est beau­coup moins concerné par ce manque de dopa­mine. C’est pour­quoi il nous est très souvent répondu qu’il n’est pas atteint par Parkin­son, ce qui est une simpli­fi­ca­tion trop rapide…

    L’âge aidant, la mala­die se déve­lop­pant, le système neuro­vé­gé­ta­tif est atteint à son tour et provoque des phéno­mènes jusque-​là incon­nus du patient : chute de tension, amai­gris­se­ment, compo­si­tion du sang, etc… Il n’y a donc là rien que de très « normal » et il n’y a pas à s’inquiéter inuti­le­ment !

    Mais pour rassu­rant que cela soit –je n’ai pas de cancer– il est très désa­gréable d’entendre mon neuro­logue me dire : « Effec­ti­ve­ment, il s’agit bien du système neuro­vé­gé­ta­tif qui se trouve concerné par votre mala­die et c’est normal après 25 ans de trai­te­ment de la mala­die. Mais il n’y a rien à faire ». Surtout si l’on ajoute la quan­tité impres­sion­nante d’apports de produits chimiques divers et malgré tout dange­reux par leur accu­mu­la­tion dans l’organisme !

    Si j’ai eu envie de vous faire part de mes démarches médi­cales person­nelles et de mes inquié­tudes – elles n’ont à priori pas d’intérêt pour vous (!) –c’est dans le souci de rassu­rer mes « compères en mala­die » : ne vous inquié­tez pas inuti­le­ment même s’il est impor­tant de véri­fier qu’il n’y a rien d’autre dans la surve­nue des troubles que j’évoquais en début d’article.

    C’est « normal !» de perdre du poids –bien que l’on se nour­risse correc­te­ment– d’avoir une tension basse, de ressen­tir une fatigue épui­sante, d’avoir un moral en dessous de la « ligne de flot­tai­son », c’est tout à fait normal dans l’évolution de la mala­die. Mais que c’est pénible à vivre… !

    Alors cher­chons à nous donner les moyens de nous prendre en charge et de réagir pour s’approprier cette situa­tion : il faut l’accepter et tenter de l’apprivoiser par tous les moyens appro­priés.

    (1) Biblio­gra­phie : Les éléments tech­niques ont été pris sur le site http://Vulgaris-médical.com (retour au texte1)
    (2) Dépo­la­ri­sa­tion : cela corres­pond aux pertes de charges élec­triques posi­tives. (retour au texte2)

    Rédigé par Jean Grave­leau

    2 Commentaires Cliquer ici pour laisser un commentaire

    1. voilà un travail tita­nesque dont un parkin­so­nien est capable alors plutôt que du copié collé de jour­na­listes peu au fait et surtout souvent aux ordres qu’est-ce qu’on attend pour nous donner la parole fifty fifty donnant donnant dans la gent médi­cale ? Il y aurait un méde­cin réfé­rent expert d’un côté (savoir médi­cal pointu exté­rieur froid tech­nique indis­pen­sable ) et un malade expert réfé­rent de l’autre côté ( savoir inté­rieur , celui de la lente désa­gré­ga­tion de tout un être, l’ âme, l’esprit , la person­na­lité , le corps tout foutant le camp , expé­rience de naufragé essen­tielle à parta­ger pour essayer de comprendre ce méca­nisme morti­fère et fantasque seul un parkin­so­nien rescapé peut racon­ter l’inracontable ) le compa­gnon­nage a toujours fait ses preuves dans quelque domaine ou métier que ce soit pour­quoi ne pas l’avaliser en faire loi pour les mala­dies au long cous , la croi­sière où nous sommes embar­qués n’est pas amusante et dure parfois très long­temps ; où est le capi­taine qui pren­dra les bonnes réso­lu­tions ?

      Commentaire par saint genez isabelle — 11 février 2017 #

    2. Je viens de vous lire ‚mon mari est parkin­so­nien sans trem­ble­ments ‚detecté et soigné depuis 14 ans.Votre récit m’a bien aidé à comprendre les diffé­rentes fonc­tions de ce cerveau complexe;j’ai lu égale­ment votre article sur la fève et ses effects bénéfiques.Je pense rapi­de­ment à la cultiver…Mon mari prend de l’azilect.…effet non désirable…Merci pour vos commen­taires sur le sujet.Je revien­drai vous voir régu­liè­re­ment.

      Commentaire par declerck christian — 22 janvier 2017 #

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